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Il y a journaliste et journaliste. Qu'on se le dise. Le premier est sérieux, propre sur lui, il vérifie ses sources et recoupe ses infos. Le second passe ses journées sur Youtube, Twitter et Wikipedia, sa bible. Il aboie dès qu'un cheveu dépasse et chercherait des poux à une chauve souris, pour lui soutirer la preuve de l'existence de Batman...

Internet mis en cause dans l'affaire Hortefeux

Les cris, l'écrit, l'écran...

Le microcosme journalistique se fissure. D'un côté le journaliste sérieux, celui qui réfléchit, qui analyse, qui soupèse (indéfiniment) le poids des mots, qui amortit le choc des photos. Ce Pulitzer en puissance se produit en général sur une grande chaine de télévision. De l'autre, les pisse-copies du Web qui se jettent sur chaque chien écrasé dans l'espoir secret d'y découvrir un complot international. Au milieu, la presse écrite... qui se meurt, prise en sandwich entre la rotative et le sablier. Alors, au final, c'est quoi un bon journaliste ?

Attentionné

Un journaliste digne de ce nom se soucie d'abord et avant tout du confort visuel de ses téléspectateurs. Public Sénat et La Chaîne Parlementaire, par exemple, ont refusé de diffuser leurs propres images d'Hortefeux blaguant sur les Arabes. En février 2008, Associated press avait déjà rejeté la vidéo de Nicolas Sarkozy pris en flagrant délit de "Casse-toi pauvre con" au Salon de l'agriculture. Les vidéos de Patrick Devedjian traitant Anne Comparini de salope, de Manuel Valls souhaitant plus de "Blancos" à Evry, et de Jean-Marie Cavada écoutant béatement des propos aux relents homophobes et antisémites... Tous ces films mis en boîte par de mauvais pigistes ont été courageusement refusés par d'authentiques journalistes au motif d'une qualité d'images défaillante.

Profond

Mais, lorsqu'une vidéo dérangeante repoussée par les télévisions fait un tollé sur la toile, mise en ligne sur le site d'un des plus prestigieux quotidiens français (Le Monde), le bon journaliste titre "L'affaire Hortefeux, un nouveau piège tendu par internet aux politiques". Correction oblige, il se sera auparavant permis de faire réagir les défenseurs des personnes impliquées dans l'affaire... avant même de l'évoquer, comme la glorieuse TF1 ou le fulgurant Figaro dans les affaires récentes "Hortefeux - Seignosse" et "Sarkozy - Faurecia".

Courtois

Un journaliste efficace est aussi un hôte courtois. Il s'inquiète du sort de ses invités. Il ne répète jamais la même question, il n'insiste jamais sur les points d'achoppement. Un ministre a été viré par téléphone par un dictateur africain ? Silence radio de l'Elysée, repris en écho par le journaliste attentionné qui se focalisera plutôt sur le fléau de la grippe A. Le vrai problème du moment, qui menace le système solaire tout entier. Le bon journaliste sait mettre ses sentiments en veilleuse, pour jouer le rôle du Bourreau licenciant un salarié réfractaire à ses propres idées.

Diplomate

Un journaliste aguerri arrondit les angles, acceptant après-coup de diffuser des propos non tenus par son interlocuteur. Comme le rédac-chef du Parisien se l'est permis lors d'une interview de Nicolas Sarkozy. Un journaliste authentique publie systématiquement les communiqués officiels, seuls dignes de foi. Il se met à danser sur les tables lorsque le président annonce faussement la vente de plusieurs Rafale au Brésil. Il ne moufte pas lorsque le même président enchaine les incohérences, les imprécisions, voire les mensonges à la cadence d'un Benny Hill accéléré. Il propose en outre une interview fleuve de 10 pages au chef de l'Etat, politiquement équilibrée par une proposition (refusée) de deux pages de questions-réponses à la cheftaine de l'opposition... sur la loi HADOPI.

Sûr de lui

Un vrai journaliste ne se contredit pas, il n'admet pas ses erreurs... puisqu'il n'en commet pas. Si vraiment il n'a plus d'autre choix que d'expliquer un malencontreux "oubli", il condamnera Internet, et ses litanies de "rumeurs" non recoupées. Car ses vérifications à lui prennent des jours, voire des semaines, d'où le retard à l'allumage... D'ailleurs, un bon journaliste ne consulte jamais Internet. Non, il pianote ses articles sur sa machine à écrire et les envoie par Telex ou pigeon voyageur.

Déontologue

Un bon journaliste accepte sans sourciller la manne de plusieurs dizaines de millions d'euros que lui propose l'Etat. Il diffuse les publicités gouvernementales comme si de rien n'était. Un moindre mal. Il s'incline aussi quand Nicolas Sarkozy lui intime l'ordre de publier une charte déontologique ou d'enquêter sur ses collègues ayant laissé fuiter une info dérangeante... sur le Web.

"Pourquoi acheter un journal quand on peut acheter un journaliste ?" disait Bernard Tapie... mais il parlait sûrement des adeptes de l'Église de la webologie...

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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enorme

vraiment hilarant, je suis votre blog depuis une semaine et chaque jour, un éditorial qui tue sa mort ^^

bonne continuation, gros bisous baveux a toi

je ne trouve pas ça drole du tout

car c est terriblement exact ; mais je vous rejoins sur le talent de Napak et le souhait de bonne continuation.

Enorme

"Un journaliste digne de ce nom se soucie d'abord et avant tout du confort visuel de ses téléspectateurs."

Comme un fleuriste quoi.

Surtout continuez à nous faire rire.

rire ?

Bonjour,
Je ferai la même remarque qu'un autre lecteur sur le post précédent à propos de ce billet du "nullissime journaliste" Napak, qui aura bien compris que mon qualificatif est de la plus haute estime ;).

Ce billet est un nouvelle description de la triste réalité de notre pays.
Il ne me fait pas rire.

Mais comme vous j'ai toujours un grand plaisir (ou devrais-je plutôt dire réconfort...) à trouver sur ce blog, un ilot de VRAIE information (et qui cite ses sources).

Bonne continuation NAPAK !