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Au sommet du G8 de cette semaine, il a été décidé de ne rien décider, et d'attendre. Pourtant, les raisons et les conséquences de la crise alimentaire mondiale sont connues de tous. Mais lorsque des intérêts économiques importants sont concernés, on préfère y réfléchir à douze fois. Et les affamés attendront encore un peu. Il était une fois... un monde sans foi...

Il était une fois un monde merveilleux...

Un monde où 850 millions de personnes souffrent de malnutrition. Un monde où une crise alimentaire tsunamiesque met en danger 150 millions de personnes supplémentaires, depuis quelques mois. Un monde où plus d'un milliard de personnes mangent trop. Un monde où entre 25 et 30 000 personnes meurent de sous-nutrition tous les jours, la majorité étant des enfants de moins de 5 ans. Un chiffre qui ne peut qu'augmenter puisque datant d'avant cette crise alimentaire. Augmenter, ou exploser... Mais qui s'en soucie ? Car dans ce monde, se réunissent régulièrement les chefs d'Etat de la planète, qui décident... de ne rien décider. Dans ce monde, les rapports qui donnent des diagnostics et des solutions qui ne plaisent pas sont rarement rendus publics.

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"L'intérêt privé s'est imposé"

Ce week-end au Japon, le G8 s'est réuni, au coeur de la crise alimentaire mondiale. Un mois plus tôt, au sommet de la FAO, les grands décideurs de ce monde s'étaient déjà donné rendez-vous sur le même sujet. A cette occasion, ils s'étaient royalement engagés à réduire de moitié le nombre de personnes souffrant de la faim d'ici à 2015. Fabuleux ! Sauf que cet objectif avait déjà été adopté au Sommet mondial de l'alimentation de 1996 et repris dans les Objectifs de développement du millénaire. Absolument fabuleux ! Sauf que (encore) selon les évaluations de la FAO, cet objectif ne sera, au rythme actuel, pas atteint avant 2150 ! Pire, Jean Ziegler, ancien rapporteur de l'ONU sur le droit à l'alimentation et actuel membre du comité consultatif du conseil des droits de l'homme des Nations unies, déclare que "l'intérêt privé s'est imposé, au lieu de l'intérêt collectif. Les décisions prises à Rome risquent d'aggraver la faim dans le monde, au lieu de la combattre".

Biocarburants... "un crime contre l'humanité"

Vendredi dernier, le Guardian publiait un rapport de la Banque Mondiale, daté d'avril mais conservé à l'abri de la lumière depuis lors. Peut-être pour éviter qu'il ne s'abîme ? Ce rapport concluait que la course aux biocarburants a engendré une hausse de 75% des produits alimentaires entre 2002 et février 2008. Il faut savoir que l'étude "Price Waterhouse Coopers Ademe-Direm" de 2002 est aujourd'hui totalement remise en cause par de nouvelles études indépendantes : les biocarburants génèreraient plus de gaz à effet de serre que les carburants fossiles. Et le même Jean Ziggler de dénoncer un "crime contre l'humanité", arguant que, pour développer cette technologie, le monde subventionne aveuglément à des niveaux rarement atteints. Le directeur général de la FAO, Jacques Diouf parle de "11 à 12 milliards de subventions et de politiques tarifaires protectionnistes" qui ont eu pour effet de "détourner 100 millions de tonnes de céréales de la consommation humaine" afin de produire du carburant. Estimation très faible par ailleurs, puisque l'OCDE à calculé que les seuls Etats-Unis dépensent 7 milliards de dollars par an pour soutenir la production d'éthanol.

Bio-pétrole contre nourriture

Aujourd'hui, les biocarburants sont présents partout, dans toutes les stations essence, intégrés qu'ils sont aux carburants "classiques". Ils représentent actuellement environ 2,5% de la production européenne de carburants. Et l'objectif est à 5,7% en 2010. Pour le Rapporteur spécial des Nations unies pour le droit à l'alimentation, Olivier de Schutter, il faudrait mobiliser 100 millions d'hectares pour atteindre cet objectif ! Autant de cultures alimentaires qui disparaitront... à moins de cultiver en sous-sol.

"Rien n'est plus dégradant que la faim, surtout quand elle est le fait de l'homme", disait récemment le secrétaire général de l'Onu, Ban Ki-moon. Des déclarations terribles qui se suivent, provenant de la FAO, de l'ONU, de l'OCDE, de l'OMS aussi. Peut-on faire plus solennel, et plus sérieux ? Pourtant, rien n'y fait. Les rapports gênants sont enterrés, les études indépendantes sont éludées, les cris d'alarme sont ignorés. Tout juste admet-on du bout des lèvres qu'il faut mener des études complémentaires, réaliser des bilans plus poussés, et se réunir à nouveau pour décider...

Le G8, qui s'est conclu mercredi, a fait dans la simplicité, il a ignoré la question, concentrant l'attention médiatique sur une demi-mesure de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Crise alimentaire ? Connaît pas...La question a-t-elle seulement été abordée ? Pas sûr. Il semblerait que José Manuel Barroso ait lancé le débat autour d'un fonds d'un milliard d'euros destiné à soutenir le secteur agricole dans les pays en développement. Mais visiblement, ça n'a pas plu... Aucune déclaration, même d'intention, rien... La crise alimentaire n'existe pas !

Un proverbe indien disait : "Quand les hommes blancs auront transformé les terres, l'eau et les forêts en argent, ils se rendront compte que l'argent ne se mange pas". Pas sûr...

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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Bonjour,

"selon les évaluations de la FAO, cet objectif ne sera, au rythme actuel, pas atteint avant 2150 "

J'ai cherché sur le site de la FAO mais je ne trouve pas les données, pourriez vous m'indiquer un lien ?

Sources...

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Site FAO

Nouvel Obs

Désolé de ne pas citer les sources pour cet article, mais il y en a une bonne trentaine...

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