Hausse tarifs EDF dessous scandale Hausse des tarifs EDF : un scandale de bonne facture hausse tarifs edf scandale belle facture 5041

L'électrochoc... Après les étincelles de l'emprunt obligataire, EDF demande une augmentation de 20% de ses tarifs à l'Etat. Ce qui rapporterait 13 milliards d'euros de bénéfices supplémentaires... à ajouter aux 19 milliards cumulés sur les cinq dernières années. Pourtant, l'endettement d'EDF frisera les 50 milliards à la fin 2009... Décryptage.

Hausse des tarifs EDF

EDF, un groupe solide et plein d'avenir... Sur tous les canaux, les spécialistes patentés nous vantaient par voie hertzienne (ou numérique) les mérites de notre pépite franco-française. Et ça a marché : le grand emprunt obligataire a permis de lever 3,2 milliards d'euros, trois fois plus qu'attendu. Et encore, le chiffre n'est pas tout à fait définitif, puisque le groupe servira toutes les demandes datées du 6 juillet au plus tard. Bravo. Mais deux jours après cette date butoir, le mercredi 8 juillet, le Pédégé Pierre Gadonneix sifflait la fin de la récré en déclarant dans une interview à Paris-Match (Le journaliste de Voici était indisponible ?) que le niveau d'endettement de sa société menace sa stabilité et qu'"il faudrait une hausse de 20% des tarifs" ! Ce qui rapporterait 13 milliards d'euros, de quoi payer les intérêts de l'emprunt...

Une dette de 50 milliards d'euros !

"En France, nous sommes contraints de nous endetter car nos tarifs ne suivent pas l'inflation" a ajouté Gadonneix. Curieux... 3,2 milliards d'euros d'emprunt, 5 milliards d'euros de cessions d'actifs prévus en 2009, ajoutés au pactole de 19 milliards d'euros de bénéfices cumulés sur 5 ans... et l'on apprend qu'EDF est en réalité criblée de dettes et que ces piscines de lingots ne suffiront pas à combler la fuite de 24,5 milliards, qui devrait exploser à 50 milliards d'ici la fin de l'année, selon Mediapart (dont cet article s'inspire allègrement, bouh). On frise l'apoplexie. Mais il est vrai que le groupe distribue généreusement ses dividendes, près de 75% pour l'année 2008. Il est même probable qu'il se soit endetté pour combler ses actionnaires, dont l'Etat, propriétaire à 85%. Tout ça pour assumer des pertes liées à des décisions plus que douteuses...

Le cours boursier avant tout

Les dépenses d'investissement sont tombées à un seuil critique. Au cours des dix dernières années, EDF n'aura guère engagé que quatre milliards d'euros par an dans l'entretien et le renouvellement de ses équipements, affirme Mediapart. Le réseau de distribution est dans un état calamiteux, le parc nucléaire est sujet aux pannes à répétition et "des maintenances préventives sont parfois reportées, faute de pièces de rechange disponibles", comme l'a constaté Pierre Wiroth, l'inspecteur général pour la sûreté nucléaire et la radioprotection d'EDF, dans Sciences et vie (sept 2008). Mais la vérité était ailleurs, pour la direction, qui préférait de loin mettre en avant ses profits records et qui s'enflammait à l'idée de multiplier les acquisitions à l'international. Résultat : le groupe est contraint d'acheter son électricité à l'étranger et dépense des milliards pour assurer l'approvisionnement de la France.

Des acquisitions en court jus

Entre 1990 et 2005, EDF a acheté l'allemand EnbW, le britannique London Electricity et l'italien Edison, le tout pour une vingtaine de milliards d'euros. 10 milliards ont aussi été engloutis dans des opérations un brin foireuses au Brésil et en Argentine. Ces investissements plombent encore aujourd'hui les comptes, mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin ? En 2008, Pierre Gadonneix a décidé de racheter British Energy pour 13,9 milliards d'euros, entre deux et trois fois son prix réel, selon un nombre d'analystes. Justification du boss, visionnaire : une fois implanté en Grande-Bretagne, EDF se verrait confier la mise en service de 4 EPR. Comme si c'était fait... sauf que le Times a révélé, le 1er juillet, que l'autorité de sûreté nucléaire britannique remet fermement en cause la technologie frenchy et envisage d'interdire la construction de ce type de réacteur. Dommage.

On continue. Aux Etats-Unis, EDF a racheté 9% du groupe américain Constellation, en vue de la construction d'EPR. Et Pierre Gadonneix est prêt à remettre 4,5 milliards d'euros sur la table... pour éviter la faillite de sa nouvelle filiale. Problème : l'EPR n'est pas certifié aux USA et ne le sera peut-être jamais car il n'est pas conçu pour résister au crash d'un avion de ligne, comme l'a révélé le Réseau Sortir du Nucléaire en 2006. Sans compter les déconvenues hexagonales liées notamment aux retards du chantier du réacteur EPR de Flamanville dont la facture risque de s'avérer bien plus lourde que prévue.

Un démantèlement ruineux et des pertes boursières

Faut-il aussi évoquer le coût du démantèlement des centrales ? En France, la durée de vie d'une centrale est théoriquement limitée à 30 ans. 34 réacteurs sur les 58 que compte la France sont menacés de fermeture dans les années qui viennent. En 2005, la Cour des Comptes estimait que le démantèlement du parc électronucléaire français coûterait 71 milliards d'euros. Chiffre contesté par le Réseau Sortir du nucléaire qui évalue l'affaire à plusieurs centaines de milliards, s'appuyant sur l'exemple de la Grande-Bretagne qui prévoit 103 milliards pour le démantèlement de son parc, bien moins important que celui de la France. "Sous-estimation" confirmée par le document de référence 2008 de l'électricien. Ce rapport précise en outre que "la valeur de marché du portefeuille d'actifs dédiés [au démantèlement] s'élevait, au 31 décembre 2008, à environ 8 658 millions d'euros contre 8 604 millions d'euros au 31 décembre 2007". Soit une perte nette de 54 millions d'euros. Première curiosité : le portefeuille d'actions et autres titres risqués s'est réduit de... 600 millions d'euros ! Seconde curiosité : l'Autorité de Sureté Nucléaire vient d'autoriser EDF à exploiter ses vieilles centrales dix ans de plus...

Version officielle : depuis des années, les Français bénéficient des généreux tarifs d'EDF. Maintenant, il va falloir qu'ils paient... la générosité a un prix. Aussi simple !

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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Votre article prendra encore plus de sens lorsque l'on saura que la hausse réelle est bien plus élevée qu'annoncé (pour mon budget, ce sera 7% et pas 1,9%). Je ne sais pas par quel tour de magie EDF calcule la hausse approuvée par la CRE, mais cela apparaît comme un mensonge honteux.

Petite erreur

"10 milliards onT aussi été engloutis dans des opérations un brin foireuses au Brésil et en Argentine."

Corrigé, Merci

Corrigé, merci