Hausse forfait hospitalier déremboursement médicaments gouvernement La Sécu n'est pas une maladie... la secu n est pas une maladie 5424

Hausse du forfait hospitalier, franchise médicale, déremboursements... L'Etat traite le trou de la Sécu comme un boucher s'improvisant chirurgien traiterait une vulgaire appendicite : il coupe dans le lard sans trop y réfléchir, quitte à cisailler quelques nerfs vitaux...

Trou de la sécurité sociale

Le trou de la Sécu se creusant à vue d'oeil, le gouvernement a décidé de frapper à nouveau. Hausse du forfait hospitalier et déremboursements de médicaments sont les deux pistes les plus discutées, parmi des milliers d'autres, dixit Eric Woerth. Des mesures qui reporteraient sur les mutuelles, donc in fine sur les assurés, le coût aujourd'hui assumé par la Sécu - environ 400 millions d'euros. Alors que 5 millions de Français sont actuellement dans l'incapacité de se payer une mutuelle...

Un trou qui vient de loin...

Pendant longtemps, la médecine était bon marché. L'assurance maladie a d'ailleurs été créée pour rembourser tous les soins médicaux, et à cette époque, ça ne posait aucun problème. Mais aujourd'hui, les choses ont changé. Les techniques se sont sophistiquées. Elles sont plus efficaces mais aussi coûteuses. Mieux soignés, nous vivons plus longtemps... malades. Car l'espérance de vie en bonne santé (sans limitation d'activité ou sans incapacité majeure) n'est que de 63,1 ans. Parallèlement, les affections de longue durée (cancers, Parkinson...) explosent. Sans parler des milliards d'euros gaspillés dans les médicaments absorbés inutilement ou jetés à la poubelle et qui finissent en partie... dans l'eau du robinet.

Pour faire bref, le plus gros du trou de la Sécu (branche assurance maladie) est dû au vieillissement de la population, à l'augmentation du nombre d'affections de longue durée et à la consommation excessive et irraisonnée de médicaments. Mettons-nous un instant dans la peau du gouvernement et cherchons un responsable que nous pourrons ensuite livrer à la vindicte populaire. C'est la mode. Quant au vieillissement de la population, les seuls coupables sont les médecins, qui soignent mieux. Difficile de leur en vouloir pour autant.

Descartes, président !

Quant à la consommation massive de médicaments, chaque Français a absorbé en 2006 pour 504 € de médicaments, soit 40% de plus que ses voisins européens. Un record. Pourtant, nous ne sommes ni plus ni moins malades que nos voisins, alors ? C'est la faute à Descartes ! Depuis que René est venu mettre son grain de sel, il y a quatre siècles de cela, la France ne jure que par la matérialité : une maladie ne peut se soigner qu'en ingurgitant un remède éprouvé. Dont acte. Et tant pis si ces médocs ne servent globalement qu'à gagner quelques heures sur la maladie...

Le malheur, c'est que les pouvoirs publics y croient dur comme fer, libéralisant toujours plus le secteur du médicament. Une grande nouveauté ne devrait d'ailleurs plus tarder à faire son apparition : la publicité pharmaceutique, dont l'autorisation est en cours de négociation à Bruxelles. En plus de cela, il faut compter avec l'absence totale de "déconditionnement" qui ferait perdre plusieurs milliards d'euros tous les ans, tant en remboursement qu'en dépollution. Et tout le monde s'en moque... sauf les labos, qui continuent de refourguer des boites grand format pour tout et n'importe quoi.

La maladie ne relève pas de la fatalité

Mais le problème de fond se situe ailleurs. Si pendant longtemps, la maladie était considérée comme une fatalité, ce n'est plus vraiment le cas. Une enquête Eurostat vient de montrer qu'en 2007, 8,6% des travailleurs – soit 20 millions de personnes – avaient eu un problème de santé lié au travail durant l'année précédente. D'autre part, 41 % des travailleurs de l'Union Européenne - soit 81 millions de personnes - sont exposés à des facteurs qui peuvent affecter leur santé physique, tandis que 28% travaillent dans des conditions qui peuvent affecter leur bien-être mental.

Le coût de la pollution atmosphérique est évalué en France à 63,4 milliards d'euros par le Ministère des transports, et à 140 milliards d'euros par l'Organisation mondiale de la santé. La pollution aux microparticules fait 348 000 décès prématurés en Europe tous les ans, selon un rapport de l'Union Européenne. Et combien de malades ? La dioxine, les PCB, les pesticides, l'amiante, les métaux lourds, les colorants alimentaires, les nanoparticules, les moquettes... il existe aujourd'hui plus de 39 000 molécules chimiques largement utilisées dont on ignore totalement les effets à moyen et long terme (voir lecourrier.ch).

Pollués payeurs...

Cette analyse est confirmée par l'augmentation constante du nombre de cancers infantiles, de 1 à 2% tous les ans depuis 30 ans. Ce qui dénote d'un réel problème sociétal, et pas simplement d'un phénomène de vieillissement généralisé. Les pouvoirs publics commencent seulement à s'intéresser au lien entre environnement et santé. Pas trop tôt... mais en attendant, la question n'a toujours pas été posée : Qu'est-ce qui justifie de faire payer à la population le coût des maladies provoquées par la pollution de l'environnement et le climat de travail ? Réponse : rien, mais tant que la question n'est pas abordée... Continuons de taper sur les quelques faux-malades qui grugent la sécu... ça ne coûte rien.

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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