Le bêtisier de la crise

Ils se sont donné tout le mal du monde pour nous vendre leur soupe financière, ils ont cru aux bons augures de leurs propres prédictions. Mais le ciel leur est tombé sur la tête. Quelques unes des plus belles perles de nos meilleurs experts économistes... Pressons-nous d'en rire, de peur d'en pleurer.

Bêtisier de la crise

Les doigts dans la crise...

Début 2008, Guy Sorman, dans son livre "L'économie ne ment pas", annonce que celle-ci "n'est plus une opinion, c'est une science". Conclusion : "Le temps des grandes crises semble passé parce que les progrès de la science permettent de mieux les comprendre et de mieux les gérer". D'ailleurs, l'Institut Montaigne ne déclarait-il pas, en 2006, que "la complexité [du système bancaire] fait sa force et l'aide à résister aux crises". Et David Thesmar, élu "Meilleur jeune économiste" en 2007, d'en rajouter une louche : "Grâce à des instruments innovants comme la titrisation et les dérivés de crédit, chaque risque de défaut, au lieu d'être porté par une seule banque, est ventilé par un grand nombre d'acteurs". Quelques mois avant que le château de carte ne vacille...

"Le marché ne se  trompe guère"

Alain Minc, dans son livre "www . capitalisme . fr", publié en 2000 : "La main invisible existe. Nous l'avons tous rencontrée. Le marché surréagit, s'énerve, s'émeut, mais globalement ne se trompe guère. Ni sur les devises, ni sur les actions des sociétés, ni sur le crédit des Etats". D'ailleurs, selon le même Minc la "mondialisation heureuse" est "à l'économie ce que l'air est à l'individu ou la pomme à la gravité universelle". Bonne poire, Guillaume Sarkozy (le frère) bombait le torse, en novembre 2002 : "Je suis fier d'être un patron industriel qui délocalise. Assez de faux semblant : la perte d'emploi, la déstabilisation industrielle, c'est normal, c'est l'évolution". Depuis, sa société, les Tissages de Picardie, a fait faillite. Normal, c'est l'évolution.

Les Subprimes, un must !

En avril 2005, Alan Greenspan, alors président de la Banque Centrale américaine (FED), s'auto-congratulait bruyamment., vantant "l'importance de [son] rôle [...] pour porter des innovations constructives qui correspondent au marché et profitent aux consommateurs". Tout cela, au cours d'un discours fulgurant portant sur l'"innovation" et les "avancées technologiques" financières qui ont accouché d'une "croissance rapide du prêt hypothécaire" aussi appelé... Subprimes ! Chapeau.

En février 2007, Ben Bernanke (président de la FED) déclare qu'un "renforcement de l'économie [devrait intervenir] aux alentours du milieu de l'année". Confirmé par Henry Paulson, secrétaire d'état américain au trésor, au mois de mars de la même année : "L'économie américaine est en bonne santé et sa transition vers un taux de croissance modéré et durable est couronnée de succès". "Dans les deux dernières années, l'économie s'est montrée plus forte que je ne l'ai vu dans toute ma vie". Aucun "ralentissement" possible, donc, selon Paulson, car les "niveaux de liquidité sont hauts".

Malgré ces joyeuses prophéties, la crise est arrivée, sans se presser...

Exconomie : Quand les experts se plantent

Septembre 2008. Jean-Paul Servais, le président de la Commission bancaire belge, déclare que les banques belges n'ont "aucun problème de solvabilité, ni de liquidité". Et le ministre Reynders va jusqu'à comparer le risque de faillite d'une banque belge à "celui que le ciel nous tombe sur la tête". Moins d'une semaine après, ce dernier passait quelques nuits blanches à négocier le sauvetage des mastodontes bancaires Fortis et Dexia.

Pas de quoi se stresser pour autant, rassure David Naudé, économiste senior à la Deutsche Bank, en janvier 2008 : "Aux Etats-Unis, l'embellie arrivera certainement mi-2008. En Europe la reprise prendra sans doute quelques mois de plus. En tout cas, il n'aura pas de krach cette année !" Et Alain Minc, en octobre 2008, de rassurer les victimes du "marché" qui "ne se trompe guère" : "La crise est grotesquement psychologique". Et le plan de relance servirait à soigner les banquiers ? Nous voilà rassurés.

"Triomphe complet, total, sans appel"

En janvier 2008, Jean-Claude Trichet claironne qu'"au niveau mondial, nous avons la confirmation que la croissance continue à un rythme plutôt robuste, même s'il y a un léger ralentissement". D'ailleurs, en mai 2008, Pierre-Antoine Delhommais, journaliste économiste libéral du Monde, lui donne raison, décrétant son "triomphe complet, total, sans appel". "Une forme d'apothéose" pour le président de la Banque centrale européenne (BCE), qui aurait réussi à endiguer une "catastrophe bancaire" dans la zone euro et qui "l'emporte aussi sur le front de la croissance". La preuve : la "cadence quasi chinoise" de la croissance en Allemagne. Sacré Jean-Claude... qui annonçait, en mars 2007, interrogé sur les probabilités d'une récession : "Non, nous n'envisageons pas cette éventualité, donc pas de récession".

Le 25 janvier 2008, la Tribune titre en dix colonnes à la Une : "Les stratèges actions privilégient pour 2008 un scénario plutôt optimiste". On attend maintenant le scénario pessimiste. En mars 2008, l'agence de notation Standard & Poors attribue la note A+ (Notation supérieure) à Lehman Brothers... 6 mois avant sa faillite. En mai 2008, la banque Goldman sachs annonce un baril de brut à 200 $ "dans un délai de 6 mois à 2 ans". Six mois plus tard, les prévisions étaient révisées à 45$. 2 octobre 2008, Eric Woerth philosophe : "Par nature, la France n'est pas en récession". Un sujet de philo pour le Bac 2009...

Ça va passer, ça va passer, ça va passer... Ouch

Mai 2008, Dominique Strauss-Kahn, directeur du FMI : "Les pires nouvelles sont derrière nous". Diagnostic partagé par Christine Lagarde en octobre de la même année : "Je pense qu'on a le gros de la crise derrière nous". A condition d'avancer à reculons, pourquoi pas... Septembre 2008, dans le magazine Capital, l'économiste Daniel Cohen, porte la bonne parole : "Nous allons en effet vivre une année horrible, jusqu'à mi 2009 la croissance sera nulle ou quasi nulle [...] La bonne nouvelle c'est que cela ne durera pas plus longtemps". Le 13 septembre 2008, le Journal des Finances titre en Une : "CAC 40, le pire est passé". Deux jours après, le CAC entamait sa descente aux enfers.

Aujourd'hui, tout de même, ces spécialistes semblent être redescendus sur terre. A l'instar du magicien de l'économie Jacques Marseille qui ne s'y trompe pas ; pour lui, la crise est bel et bien là, mais elle devrait se terminer d'ici... la fin mai 2009. Alain Minc acquiesce aussi, mais refuse de tomber dans la marmite du pessimisme : En France, "la crise ne concerne que 300 000 personnes dramatiquement mal protégées [...] Pour les autres, il n'y aura pas de crise".

Et devinez qui vient manger ce soir, pendant le JT de 20 heures, pour nous annoncer que tout va bien ?

(Sources : Canard Enchaîné du 04/02/2009, Marianne du 18 avril 2009, TropicalBear, Le Monde, L'Expansion, Le JDD, Los Angeles Times, FED, Reuters...)

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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sans oublier Nicolas Sarkozy

sans oublier Nicolas Sarkozy

http://www.u-m-p.org/propositions/index.php?id=credit_hypothecaire

l'indigestion capitaliste

A lire Alain Minc, l'économie ressemblait à un grand baquet de Noël, magnifique... on veut tout essayer, tout manger. Sauf que là c'est la fin du repas et qu'on a mal au bide. Alain ne connait pas la modération. Et maintenant il attend son digestif...

beau boulot, cher Napak,

quelle bande de minables ...

bêtisier de la crise

génial ! cela rejoint tout à fait mes billets intitulés "le libéralisme est une idéologie (1 et 2) sur humeurs de gauche ! http://gauchedecombat.wordpress.com/

je me souviens (je croyais avant cela être isolé....) à quel point les experts de toutes sortes, tels que ceux que tu as cités ici péroraient en se parant de leurs plus beaux atours tels les paons qu'ils étaient pour nous démontrer que le système d'alors était le meilleur, le plus pragmatique, le plus... tout ! et voila qu'il s'écroule... Mais le danger n'est pas écarté.... car ces gens là, à l'instar de Minc notamment, n'ont aucun amour propre et jouent sur le peu de mémoire de la plupart et surtout des médias qui ne les contredisent jamais pour retomber sur leur pattes et revenir nous bassienr avec de nouvelles théories dont la seule ambition est de défendre un système moribond, et l'intérêt de leurs amis fortunés...

mais le jour est venu ou les plus modestes, et jusqu'aux cadres, n'ont plus rien à perdre, et ne veulent plus de ce monde sans sens et sans morale...

Résistance ! rendez vous le 1er mai... et au delà....

by gauchedecombat

"ventilé..."

fort, le jeunôt en 2007 : "Grâce à des instruments innovants comme la titrisation et les dérivés de crédit, chaque risque de défaut, au lieu d'être porté par une seule banque, est ventilé par un grand nombre d'acteurs".

ventilé... façon puzzle ?

user.von

Pragmatisme

Tant que l'on ne se dote pas de mécanismes permettant de favoriser le long terme ce sera le court terme qui dominera. Il y a beaucoup d'articles pour critiquer les mâles dominants mais qui propose un système pour s'en passer ?

  • Comment nous organiser pour assurer réellement nos besoins de base ?
  • Comment favoriser les informations "vraies" plutôt que celles qui favorisent l'émetteur ?
  • Comment décider en cas de conflits d'intérêt ?
  • Comment gérer la monnaie ?
  • L'organisation sociale et la psychologie des individus sont elles liées ? Et si oui en quoi ?

Il y a beaucoup de questions à résoudre, mais beaucoup de croyances destructrices, comme celle de croire que l'on pourrait trouver un représentant qui fasse le boulot pour nous.

Incompétents ou complices ?

Il y a bien une chose que j'ai du mal à comprendre, c'est le travail de nos politiciens.
Didier Reynders, Ministre des Finances belge devrait quand même être plus au courant que moi (citoyen lambda) ?
Pourtant moi, je lisais il y a quelques années dans la presse, sur Internet que la fête touchait bientôt à sa fin et que ça allait faire très mal.
Oui, vous lisez bien ! Bien avant que la crise ne commence aux USA, des économistes tiraient la sonnette d'alarme et c'est en lisant leurs articles que j'ai compris les principes des subrimes, de la titrisation, etc ...
Tous annonçaient que cette bulle allait exploser et allait toucher tout les secteurs économiques et ferait plus de dégats que les autres bulles précédentes (bulle Internet par ex.).

Alors Mr Reynders (et les autres) ? incompétents ou complices ?

Mythomanie chronique

Merci pour votre site qui fait plus que jamais sens à l'heure de la désinformation, de la propagande et du Novlangue.

Courant 2008, je m'étais amusé à suivre l'évolution du discours d'une personne (Lagarde) concernant un seul paramètre : le taux de croissance annuel de la France.

Même en réduisant autant le champ d'investigation la quantité de mensonges proférés est stupéfiante.

J'en ai fait un petit article sur Pouvoir & Psychopathie :
http://pouvoiretpsychopathie.hautetfort.com/archive/2008/09/08/bercy-ou-la-lancinante-mythomanie.html

le bêtisier

Combien de ces "valeureux économistes" à la
fois journalistes et souvent professeurs en
université ont-ils perdu leur travail? Pas un,
on est solidaire dans cette profession.

Trop Tard!

Quand le dernier arbre aura été coupé, la dernière rivière polluée, alors l'Homme se rendra compte que l'argent ne se mange pas...

Les mots ont un sens

Et David Thesmar, élu "Meilleur jeune économiste" en 2007, d'en rajouter une louche : "Grâce à des instruments innovants comme la titrisation et les dérivés de crédit, chaque risque de défaut, au lieu d'être porté par une seule banque, est ventilé par un grand nombre d'acteurs".
Oui, et? Il a tort? Le risque n'a t-il pas été porté par un "grand nombre d'acteurs"?

Et Alain Minc, en octobre 2008, de rassurer les victimes du "marché" qui "ne se trompe guère" : "La crise est grotesquement psychologique".
La crise n'est pas psychologique?

En mai 2008, la banque Goldman sachs annonce un baril de brut à 200 $ "dans un délai de 6 mois à 2 ans
Oui, et faut vraiment pas être doué pour ne pas voir qu'il s'agit d'une tentative de faire monter le baril!

Diagnostic partagé par Christine Lagarde en octobre de la même année : "Je pense qu'on a le gros de la crise derrière nous".
Oui, le plus gros de la crise bancaire (dans le contexte, il est évident que ce ça dont elle parle).

La suite lui a donné raison!

Les mots ont un sens, mais finalement, on s'en fout !
Voilà l'explication...