Léo Belenguier Reims étudiant manifestant François Fillon condamné trois mois prison sursis Une banale histoire de comparution immédiate qui tourne mal... leo belenguier condamnation prison comparution immediate 6477

Comment un étudiant de dix-huit ans sans histoire se retrouve interpellé, gardé à vue, déféré en comparution immédiate et condamné à trois mois de prison avec sursis en moins de 24 heures...

Léo Bélenguier - condamné à trois mois de prison avec sursis

Jeudi 19 novembre, François Fillon organise une petite sauterie au Lycée Roosevelt de Reims, accompagné de Valérie Pécresse et Luc Chatel, pour présenter sa réforme des lycées. Les ministres sont attendus sur les lieux vers 15h, mais le périmètre est bouclé dès 13h30. Bon nombre d'élèves de l'établissement se retrouvent alors coincés dans une rue adjacente, au beau milieu de la manifestation organisée pour l'occasion. Léo Belenguier, étudiant en fac d'histoire à Reims, dreadlocks et bandeau violet vissé sur le crâne, fait partie du cortège. Le jeune homme que son père décrit comme "doux et pacifique" a un casier judiciaire vierge. Il n'est affilié à aucun parti politique, à aucun syndicat, comme la grande majorité des 200 manifestants venus vitupérer la réforme du Lycée.

Opération Reims propre

Aux alentours de 14h30, CRS et gendarmes mobiles sonnent la charge, sans prévenir et "sans sommation audible", selon la FCPE. Bilan de l'incartade, deux policiers légèrement blessés par des jets de pierre et dix jeunes interpellés, dont "des mineurs non manifestants élèves du lycée". Pendant ce temps, la presse, cordialement prise en charge par les forces de l'ordre, est restée cantonnée à la gare et n'a pu accéder au lycée qu'une fois les lieux nettoyés.

Un coupable insouciant

C'est vers 14h45, à la quatrième charge, que Léo a décroché, quittant la manif avec d'autres manifestants pour rejoindre l'Hôtel de Police, à la recherche d'infos sur les étudiants interpellés. Sur place, les jeunes se font photographier sous tous les angles, sans broncher. Léo retourne ensuite au lycée Roosevelt pour y récupérer son vélo. Les CRS lui annoncent que le périmètre est toujours bouclé et qu'il lui faut attendre 17h. Il s'assoit sur un plot (*) de travaux, non loin des perdreaux qui quadrillent encore le secteur. A 16h15, imperturbablement planté sur son siège improvisé, il est subitement arrêté et menotté, direction le commissariat où il subira le traditionnel bizutage de bienvenue. Les policiers l'informent alors qu'il aurait été filmé en train de caillasser leurs collègues. Serein, Léo acquiesce, en attendant de voir cette vidéo, qui l'innocentera forcément...

La prison ou la comparution immédiate

Pendant la garde à vue, il apprend qu'il a été identifié à cause de ses "chaussures dépareillées". Curieux, le pont de Laon, duquel les fauteurs de troubles ont balancé leurs projectiles, est en travaux, couvert de palissades et de plots qui empêchent toute vision du bas du corps, à moins qu'un drone ait été mobilisé pour l'occasion ? Pendant toute la durée de la garde à vue, Léo demande à visionner la vidéo. Niet, elle est sous scellés au tribunal. Il demande à téléphoner à ses parents. Refusé. Un avocat ? Refusé. Au bout de 23h de garde à vue, il est exténué. Quand la police lui donne le choix entre la comparution immédiate et la prolongation de sa garde à vue, voire la prison préventive, il n'hésite pas une seconde. Va pour le tribunal et qu'on en finisse.

Un procès exemplaire

Arrivé au Palais, Léo a le plaisir de constater que la justice lui veut du bien : un avocat commis d'office lui est présenté, cinq minutes avant l'audience. Dans les meilleures conditions pour préparer sa défense, donc. Durant le "procès", l'avocat demande que la vidéo "accablante" soit enfin révélée. Une vidéo, quelle vidéo ? En réalité, aucune preuve n'a été présentée au juge, aucune témoin n'a été entendu. Seul le témoignage d'un policier a été versé au dossier, forcément irréfutable. Et une missive écrite par la main d'un pandore blessé dans la mêlée, qui expliquait que les caillasses provenaient de l'arrière du cortège. Léo, lui, se trouvait aux premières loges, mais cela n'a pas ému grand monde. L'affaire est bouclée en quelques minutes. Vite fait, bien fait. Verdict : trois mois de prison avec sursis. Le juge ayant refusé la non-inscription au casier judiciaire, l'étudiant en histoire peut faire une croix sur le parcours universitaire qu'il avait prémédité. Un autre des condamnés préparait le concours d'inspecteur du travail. Tant pis.

Léo aurait pu se contenter de remercier les Dieux d'avoir échappé à la peine capitale, comme le lui a conseillé son avocat. Mais il a fait appel, le 26 novembre. Moralité de l'histoire : la prochaine fois que vous allez manifester, laissez votre vélo au garage...

(*) : Anciennement, un "plot" était un billot sur lequel le bourreau décapitait les condamnés à mort.

Lire aussi "31 minutes de procès, 8 mois de prison : la justice en excès de vitesse..."

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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Etat policier...

... et justice complice, qui n'a même pas l'intelligence d'éviter de se faire détester avec des décisions d'une telle gravité, basées sur des faits à géométrie variable!

Et pourtant à l'heure ou le petit conducator nain l'ampute à la tronçonneuse (même si celle qui la maniait était habillée, comme le diable, en Prada!), cette justice dont les tribunaux ferment et qui se voit de fait renvoyer au seul traitement judiciaire des faits divers (tel un mauvais journaliste!) à travers la suppression programmée du juge d'instruction, elle pourrait faire en sorte de ne pas tuer le seul truc qui pourrait lui rester afin de limiter la débacle: Le soutien citoyen, qui sans confiance risque fort de ne pas être possible...

Avec ce genre de coups d'éclats, qui voudra défendre ce qui devient des tribunaux de salut public faisant des exemples?!!

Faut-il vraiment que le droit rende si bête pour ne pas voir se refermer le piège du petit Machiavel nain?

Ya déjà eu pire, mais

Ya déjà eu pire, mais finalement, raocnté comme ça, ça enlève le (mauvaos) côté dramatique. Courage, Léo. Et j'espèer qu'on aura de tes novuelles sur ce site

Goutte à goutte

encore un,
faire du chiffre,
délit de sales gueules
accusations gratuites,
coups et blessures,
...

ça va déborder,

un jour,

bientôt,

si tu n'es point trop lâche,

ni moi non plus.