quatre étudiants Reims condamnés comparution immédiate policiers relaxés Manifestants relaxés : à Reims, la blitz-justice a atteint ses limites manifestants relaxes a reims la blitz justice a atteint ses limites 7977

En novembre 2009, quatre étudiants ont été condamnés en comparution immédiate pour coups et blessures sur policiers. Gravissime. Las, 10 mois plus tard, ils viennent d'être relaxés. La parole des policiers ne tenait pas la route, a conclu la Justice.

Jeunes manifestants relaxés Reims

31 minutes d'audience pour 8 mois de prison ferme. C'est le score moyen des procédures de comparution immédiate établi par le Conseil Lyonnais pour le respect des lois pour l'année 2008. L'interrogatoire mené par le Président pour vérifier l'identité du prévenu et énoncer les faits : 8 minutes. La plaidoirie de l'avocat de la partie civile, s'il y en a une : 6 minutes. Le réquisitoire : 6 minutes. La plaidoirie de l'avocat de la défense : 8 minutes. Soit 31 minutes, intermèdes compris... et que ça saute ! En novembre 2009, quatre étudiants rémois ont goûté aux joies de cette justice expédito-punitive.

Opération Reims propre

Jeudi 19 novembre 2009. A l'occasion d'une petite sauterie organisée au Lycée Roosevelt de Reims en l'honneur de François Fillon, Valérie Pécresse et Luc Chatel, venus vanter les mérites de la réforme des lycées, près de 200 manifestants font bruyamment connaître leur mécontentement. Rapidement échaudés par tant de bruit, CRS et gendarmes mobiles sonnent la charge, sans raison apparente et "sans sommation audible", selon les témoins. Bilan de l'incartade, deux policiers légèrement blessés par des jets de pierre et dix jeunes interpellés, dont "des mineurs non manifestants élèves du lycée". Pendant ce temps, la presse, cordialement prise en charge par les forces de l'ordre, est restée cantonnée à la gare et n'a pu accéder au lycée qu'une fois les lieux nettoyés. De la belle ouvrage...

Coup de barre

Quatre majeurs se sont retrouvés en garde-à-vue. Dont Léo, identifié à cause de ses "chaussures dépareillées", alors que les échauffourées se sont déroulées sur un pont en travaux, couvert de palissades et de plots qui empêchaient toute vision du bas du corps. Mais les policiers ont tout filmé. Une chance, pour Léo, qui comptait là-dessus pour prouver son innocence. Arrive l'audience. Un avocat commis d'office lui est présenté cinq minutes avant les débats. Il demandera que la vidéo accablante soit enfin révélée. Une vidéo, quelle vidéo ? En réalité, aucune preuve n'a été présentée au juge, aucun témoin n'a été entendu. Seul le témoignage d'un policier a été versé au dossier, forcément irréfutable. Et une missive écrite par la main d'un pandore blessé dans la mêlée, qui expliquait que les caillasses provenaient de l'arrière du cortège. Léo, lui, se trouvait aux premières loges, mais cela n'a pas ému grand monde. L'affaire est bouclée en quelques minutes. Vite fait, bien fait. Verdict : trois mois de prison avec sursis. Le juge ayant refusé la non-inscription au casier judiciaire, l'étudiant en histoire peut faire une croix sur le parcours universitaire qu'il avait prémédité. Un autre des condamnés préparait le concours d'inspecteur du travail. Tant pis.

En appel, le 15 septembre 2010, les quatre jeunes majeurs ont été relaxés. Pour cause d'absence de preuves (la vidéo n'a pas refait surface) et d'incohérences dans les témoignages des policiers, notamment au niveau des horaires : certains jeunes avaient été arrêtés avant le début des caillassages...

ø Damien Laugier, 25 ans, accusé d'avoir porté des coups de poing sur le bouclier d'un gendarme mobile : relaxé.
ø Savinien Fege, 21 ans, accusé d'avoir jeté une pierre sur les forces de l'ordre : relaxé.
ø Yacoub Guezoul, 25 ans, accusés d'avoir jeté une pierre sur les forces de l'ordre : relaxé.
ø Léo Belenguier, 19 ans, accusé d'avoir lancé deux pierres en direction des forces de l'ordre : relaxé.

Pas de quoi émouvoir pour autant notre Garde des Sceaux qui déclarait le 4 novembre dernier vouloir "rendre la justice plus réactive, plus effective, plus protectrice des libertés. Contre le reproche de lenteur, je demande aux procureurs de développer le traitement en temps réel des affaires, les comparutions immédiates, les procédures de reconnaissance préalable de culpabilité". Pour une justice modèle, bien entendu...

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

partagez cet article : FACEBOOK partagez cet article : TWITTER partagez cet article : DEL.ICIO.US partagez cet article : GOOGLE partagez cet article : VIADEO 

Catégories :