Action contre faim ACF quitte Sri Lanka massacre de Muttur Massacre de Muttur : ACF quitte le Sri Lanka et dénonce... massacre de muttur acf action contre la faim quitte le sri lanka et denonce autorites justice

Le 4 août 2006, 17 Srilankais de l'ONG Action contre la faim (ACF) étaient abattus de sang froid dans leur camp de Muttur. Des meurtres qui ont suscité peu d'émotion en France, mais qui ont miné le moral des ONG. Deux ans après, ACF décide de quitter le Sri Lanka et dénonce une parodie de justice.

Le 4 août 2006, 17 salariés srilankais d'Action contre la faim (ACF) sont retrouvés morts dans leur camp de Muttur, une balle dans la tête, visage tourné contre terre. Presque deux ans plus tard, la justice s'enlise et les autorités, qui combattent les Tigres tamouls séparatistes depuis plus de trente ans, ne cherchent pas à en savoir d'avantage, au contraire.

En 2007, sous la couverture d'un reportage sur les conséquences du tsunami de 2005, les journalistes Anne Poiret et Gwenlaouen Le Gouil ont enquêté sur place. Le documentaire "Muttur: un crime contre l'humanitaire" qui en est ressorti a reçu en mai 2007 le prix Albert-Londres. Voir le début du reportage sur Rue89. Un extrait de l'interview des deux journalistes :

 

 

Aujourd'hui, ACF décide de se retirer du Sri Lanka et demande l'ouverture d'une enquête internationale pour connaître la vérité. Voici le communiqué de l'ONG, visible à cette adresse justiceformuttur.org :

 

Communiqué ACF du 16 Juin 2008 : Rapport bilan sur 2 ans de procédure au Sri Lanka

Le 4 août 2006, 17 employés de notre organisation ont été froidement exécutés alors qu'ils venaient en aide aux populations affectées par les conséquences du tsunami et du conflit. C'est un massacre - constitutif d'un crime de guerre - sans précédent dans le monde humanitaire

Le 4 août 2006, 17 employés de notre orga-isation ont été froidement exécutés alors qu'ils venaient en aide aux populations affectées par les conséquences du tsunami et du conflit. C'est un massacre - constitutif d'un crime de guerre - sans précédent dans le monde humanitaire. Au moment des faits, la ville de Muttur était en proie à de violents combats entre les rebelles et les forces gouvernementales, faisant des dizaines de morts parmi les civils. Toutefois, les victimes avaient été clairement identifiées en tant que travailleurs humanitaires.

Depuis, nous avons à plusieurs reprises expri-mé auprès des autorités sri lankaises notre détermination pour que toute la lumière soit faite sur ce massacre. Certains recours ont d'ailleurs été engagés devant les juridictions sri lankaises.

Une première instruction judicaire s'est ainsi ouverte le 15 août 2006 devant la Cour magistrale, la juridiction de première instance de droit commun. Après plus de 18 mois à suivre cette enquête, ACF constate que les principes fondamentaux de la justice ont été bafoués par divers acteurs impliqués dans le processus. Les exigences d'indépendance et d'impartialité n'ont pas été suivies du fait d'ingérences politiques, notamment par des décisions inexpliquées qui ont provoqué le transfert du dossier à plusieurs reprises. Par ailleurs, de nombreuses irrégularités ont été constatées : retards dans l'accès au site et aux victimes, absence de préservation de la scène de crime, analyses balistiques douteuses, aucune protection des témoins et consignation incomplète de leurs dépositions, etc.

Parallèlement, le 12 septembre 2006, un recours a été introduit par ACF auprès de la Commission nationale des droits de l'homme de Trincomalee, pouvant impulser des enquêtes sur les violations de droits de l'homme mais dont les conclusions aboutissent à de simples recommandations. ACF a été choquée par la totale inefficacité et par le manque de collaboration de la Commission, depuis les premiers mois de l'introduction de la plainte jusqu'à aujourd'hui.

Par la suite, le Président Mahinda Rajapaksa a décidé en novembre 2006 de créer une Commission présidentielle, afin d'enquêter sur le cas ACF mais aussi sur 15 cas de graves violations des droits de l'homme. Un groupe international d'experts a été appelé à observer en toute indépendance le travail mené par cette Commission. ACF considérait leur présence comme étant l'une des conditions principale pour que la vérité soit établie. Mais l'IIGEP a récemment décidé de se retirer, estimant que les standards minimum internationaux n'étaient pas respectés. Ils ont notamment relevé une absence d'indépendance liée à l'intrusion de l'Attorney General, le non-respect du principe de transparence et le refus de mettre en place un système efficace de protection des témoins malgré les promesses formulées en ce sens. Par ailleurs, ACF a aussi noté de troublantes irrégularités dans les activités menées à la Commission et, plus d'un an et demi après sa création, il est maintenant évident que la Commission n'a pas répondu aux besoins qui avaient donné lieu à sa nomination.

Après avoir suivi ces trois recours sri lankais pendant plus de 18 mois ACF constate amèrement que ces procédures mises en place après le drame de Muttur n'ont que peu de - sinon aucune - chance d'aboutir à la désignation officielle des personnes responsables de ce crime de guerre (commettants directs et chaine de commandement). Au regard de la stagnation des procédures, de l'insuffisance des garanties d'indépendance et d'impartialité ainsi que du manque de respect répété des standards internationaux, nous considérons maintenant que ces procédures se sont avérées inefficaces et infructueuses.

ACF ne pouvait cautionner ce déni du droit fondamental des victimes à une enquête prompte, approfondie, efficace et indépendante relative aux circonstances du massacre. En conséquence, ACF a pris la décision de mettre fin à sa mission au Sri Lanka et de demander avec la plus grande
fermeté qu'une enquête internationale soit initiée sur le massacre du Muttur.

Pétition et rapport complet sur http://www.justiceformuttur.org

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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