Nicolas Sarkozy l'a encore répété hier, à Bethléem, "on ne discute pas avec les terroristes", en parlant du Hamas. Pourtant, il y a moins d'un mois, Bernard Kouchner avait reconnu que la France avait des "contacts" avec cette organisation. François Fillon, lui, propose aux FARC de les accueillir en France en échange de la libération d'otages, mais il signe de l'autre main l'extradition de Marina Petrella... Du grand art !
De l'art d'avoir des contacts sans relations
La France a des "contacts" avec le Hamas mais aucune "relation" avec ses terroristes, c'est le petit jeu de mots diplomatique de Bernard Kouchner après la révélation de l'affaire par Le Figaro dans son édition du 19 mai. Subtil. Surtout que dans la même interview à Europe 1, il déclarait être en discussion avec la Syrie et l'Iran, qui a annoncé vouloir rayer Israël de la carte. Pour sa part, Nicolas Sarkozy a déclaré, hier, au terme de sa visite en Israël et en Cisjordanie, que la France "ne discute pas avec les terroristes" en parlant... du Hamas. Réaction de Sami Abou Zouhri, porte-parole de l'organisation palestinienne : "Monsieur Sarkozy, qui décrit le Hamas comme un mouvement terroriste, sait très bien qu'il existe des contacts à haut niveau qui ont lieu entre la France et le mouvement Hamas, ainsi que d'autres parties européennes importantes". Difficile à suivre... mais les voix diplomatiques sont impénétrables...
Au nom de la France, François Fillon a proposé aux guérilleros des FARC de les accueillir en France en échange de libérations d'otages, dont Ingrid Betancourt. D'emblée, les mots changent et le terme de "terroristes" est banni, au profit de "guérilléros", "militants" ou autres "combattants"... Et tant pis si l'organisation est inscrite à l'encre peu sympathique sur la liste internationale des groupes terroristes.
De l'art de reprendre la parole donnée
Dans le même temps, François Fillon brise un pacte, signé en 1985. François Mitterand avait alors solennellement engagé la parole de la France et avait promis l'exil aux anciens des Brigades Rouges ayant depuis longtemps "rompu avec la machine infernale dans laquelle ils s'étaient engagés", et s'étant racheté une conduite en France. De la même façon que Nicolas Sarkozy a accepté de renouer des liens avec l'ancien terroriste "repenti"... Kadhafi. En 2002, première arrestation médiatisée, celle de Cesare Battisti. Le 3 juin 2008, François Fillon signait le décret d'extradition de Marina Petrella. La France a changé d'avis.
Qu'un homme change d'avis, on commence à s'y habituer, même au sommet de l'Etat, mais lorsque c'est un Etat qui fait la girouette, alors la crédibilité de la nation est menacée. Comment expliquer aux terroristes des FARC que la France les accueillera les bras ouverts alors que dans le même temps, elle reprend sa parole pour extrader des terroristes repentis à qui elle a promis l'exil ? A moins de considérer qu'il existe une diplomatie spécifique au cas des preneurs d'otages célèbres... ? Et dans l'autre sens, comment être crédible sur la scène internationale, en annonçant que la France "ne discute pas avec les terroristes", alors qu'elle offre une maison d'hôte en pension complète aux FARC ?
"Dans mon discours et le discours de la France, il n'y a pas deux langages, un langage à la Knesset et un langage différent ici. Il n'y a qu'un seul langage", a affirmé hier Nicolas Sarkozy. Mais quelle idée... !
(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")
Quand le terrorisme fait exploser la diplomatie française 













