Grèce banque Crise : La reprise a du plomb dans l'Hellène... si la grece etait une banque 7397

Elle crève à petit feu. Parce que ses gestionnaires se sont fourvoyés à dépenser sans compter, à multiplier les emprunts foireux, à truquer les comptes, à faire semblant que tout allait bien quand tout allait mal. Mais le couperet est tombé cette semaine : compte bloqué. Non, non, "elle" n'est pas une banque qui aurait spéculé sur des options moisies fourrées de subprimes...

Crise faillite grèce

Ce serait si simple... si la Grèce était une banque, elle aurait déjà reçu des dizaines de milliards d'aides d'urgence, elle aurait pu emprunter à volonté au taux hallucinant de 1%, qui lui aurait permis de placer ses billes flambant neuves à 3 ou 4% dans... des emprunts d'Etat. Elle se serait refaite, petit à petit. Personne ne s'en serait même inquiété. Si la Grèce était une banque, rien n'aurait changé. Elle aurait continué à gaver ses oligarques et à dépenser à vau l'eau, encore et encore.

Au pays de Damoclès...

Mais la Grèce n'est pas une banque. Elle va devoir renégocier sa dette. Sauf que les marchés n'en veulent plus : pourquoi prendre le risque d'un non-remboursement quand des dizaines de milliards d'emprunts d'Etats solvables (jusqu'à nouvel ordre) tombent tous les mois ? Heinh, pourquoi ? La Grèce va donc devoir agiter sa sébile en direction du FMI et de ses amis européens (*). Et les amis, ils ne rigolent pas. 5%. C'est le tarif. La France pourrait ainsi tirer 200 millions d'euros de bénéfices de son aide ô combien désintéressée, en contrepartie de fermetures d'écoles, d'hôpitaux, de services publics et sociaux... Il n'y a pas de petits profits. "La moitié d'un ami, c'est la moitié d’un traître"... Victor Hugo est dépassé.

Grèce en tics et en toc

Ironie du sort : Les banques, à l'origine de cette maudite crise qui fait déraper les Etats les uns après les autres, ont pourtant été les premières à s'en sortir, sauvées in extremis par... les Etats. Aujourd'hui, elles empilent les bénéfices, aux dépens... des Etats ! Et devinez quoi... elles vont même jusqu'à aider ces mêmes Etats à maquiller leurs comptes. Résultat des courses, la Grèce se retrouve à emprunter à un taux cinq fois plus élevé que les établissements financiers. Un comble.

Au final, la Grèce fait trembler l'Europe... À reléguer le volcan islandais au rang de pétard mouillé sans intérêt (et avec un nom plus facile à prononcer). En outre, les fondations du Portugal et de l'Espagne se fragilisent, menaçant l'ensemble de l'édifice européen. "Les marchés réagissent à la baisse" lit-on dans nos meilleurs canards. Les marchés, vous savez, ces terrains de jeux pour cols blancs cravatés qui parient nos pécules sur l'autel de l'ultralibéralisme, que vous pensiez pourtant sagement planqués dans un coffre-fort inébranlable. Hé bé, ces marchés, ils sont à deux doigts de la panique, nous déclare-t-on. Curieux, car ce qui se passe actuellement est prévu depuis des mois... Et le pire est à venir.

On panique ou pas, là ?

En réalité, les choses sont un poil plus complexes. Les marchés ne paniquent pas vraiment. Pas encore. Pour l'instant, les spéculateurs jouent à la baisse. Et plus ils jouent, plus ça baisse. Et plus ils gagnent. Tout va bien, donc. Sauf que... quand un mur s'effondre, il ébranle les autres. Et la santé de nos valeureuses banques ne tient plus qu'à un fil. Depuis l'année dernière, les établissements financiers européens alignent des bilans impressionnants, grâce à leurs activités spéculatives. Ni plus ni moins. Or, quand les marchés boursiers et financiers deviennent instables, les spéculateurs risquent une sortie de route à chaque virage. Par définition.

Une aide... uniquement si la Grèce va bien !

La route est loin d'être droite, et en plus, la pente est rude. Ce qui fait dire à l'inénarrable Christine Lagarde, que "nous ne décaisserons pas l’intégralité des sommes tout de suite. Nous le ferons au fur et à mesure des besoins et en cas de défaut de paiement, nous mettrons aussitôt le pied sur la pédale du frein". Vous suivez ? La France ne sauvera la Grèce que si elle se porte bien. C'est pas gagné, vu que le "défaut de paiement" est envisagé d'ici quelques semaines. Et puis finalement, ils n'ont qu'à se mettre à la bicyclette, ces flemmards de grecs, non ?

"En Grèce, les sages parlent et les imbéciles décident" disait Anacharsis. Une chance ! En France, les imbéciles monopolisent et le pouvoir, et la parole...

(* : Ce qui est d'ailleurs strictement interdit en Europe, comme a essayé de nous le rappeler l'Allemagne. Sacrés Allemands, qui ne comprennent toujours pas que les lois sont faites pour être contournées !)

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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A propos de la Grèce...

Et comme le défaut de paiement est inéluctable, la France comme l'Allemagne (si elle le voulait(, ne pourraient rien pour sauver la Grèce. Comme d'ailleurs pour les pays qui suivront.
D'où mon hypothèse d'une "Europe allemande" à partir d'une redéfinition de la zone euro et de la gestion de la monnaie commune.
www.nouvelhermes.blogspot.com

Merci...

...Nap pour ce brillant résumé et cette exacte vulgarisation de la situation; merci d'être revenu au charbon.

Hugo dit vrai, nous assistons à une honte étatique et une absurdité systémique, comme tant et tant d'autres par le passé et tant d'autre à venir je le crains.

J'ai lu qu'il pourrait s'agir d'un calcul de la part de Merkel que cette attente - pour ce que le différentiel de taux profite à l'Allemagne comme à la France, mais aussi parce que nos très chers allemands, un peu à cheval sur les règles, pourraient lui en vouloir de passer outre et la sanctionner pour les prochaines élections, relativement proches. Pauvres grecs, il y certainement des saloperies de nationalistes pour se réjouir de la réduction de notre dette... sans compassion pour la misère qui va s'abattre là bas. D'autres estimeront même qu'il s'agit d'un juste retour des choses pour un pays qui a profité de l'aide européenne sans faire les réformes nécessaires pour disposer d'un taux d'endettement acceptable.

Mais finalement, et l'important, c'est que rien ne justifie l'absurdité qu'impose les marché.

Par ailleurs, que penses-tu des déclarations du PS sur son programme économique? En premier lieu il m'a ému, je me suis d'ailleurs surpris à me demander si le PS avait des couilles, puis très vite mon émotion a chuté pour faire place à un certain scepticisme, que je ne m'explique pas encore.

Salutations,

Guillaume.

ah l'UE...

Heureusement que l'UE protège ses Etats membres grâce à la solidarité et à l'euro...

Kassiop

http://www.lemonde.fr/economie/article/2010/04/28/pour-la-presse-etrangere-la-dette-souveraine-est-le-nouveau-subprime_1343730_3234.html

Selon le quotidien suisse Le Temps, les établissements financiers français "sont les principaux créanciers des cinq pays (grecs, portugais, espagnols, irlandais ou italiens) au centre des inquiétudes", suivie de près par l'Allemagne, le Royaume-Uni et les Etats-Unis.

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Beau retour en force ! Merci. ;-)

La crise grecque

devenue la crise européenne.
Après des tergiversations longuettes, l'Europe a enfin pris peur et comme plusieurs pays sont dans le collimateur des spéculateurs, voilà que l'Europe prend enfin une décision. Au détriment des Grecs bien évidemment. Gel des salaires, suppression du treizième mois, réduction des retraites, augmentation de la TVA, des impôts,..., bref, tout ce qu'il faut pour que la crise intérieure augmente.
Voilà le Portugal, puis l'Espagne qui instaurent l'austérité, la France refuse de parler de rigueur, et pourtant, c'est bien le cas.
Si les gouvernements, tous autant qu'ils sont, avaient admis que nous étions dans une crise de longue durée, dans une période de récession, de vaches maigres, nous ne serions pas au bord du gouffre. Que de mauvais calculs, dont le tout premier était de soutenir les banques sans la contrepartie d'une prise d'intérêt au conseil d'administration des-dites banques.
Crise de société, crise de système, crise tout court. On est dans la mouise jusqu'au cou et bientôt notre tête n'émergera plus guère. Il manque apparemment un courage politique pour déclarer véritablement la guerre aux banques et spéculateurs. Ah, il est beau notre monde...