L'administration Bush a fait pression sur la Commission d'enquête du 11 septembre 2001  - 11 septembre 2001 CIA Documentaire États-Unis George W. Bush Mensonge policier Pentagone Répression sociale Terrorisme
| 22/03/2010

L'administration Bush a fait pression sur la Commission d'enquête du 11 septembre 2001

Image d’illustration © 704417|Pixabay|CC0 or Pixabay

… pour qu’elle ne « franchisse pas la ligne jaune ». Dans un mémo daté de janvier 2004, le gouvernement US a fermement invité la Commission d’enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 à ne pas s’immiscer dans ses petites affaires internes. Les sceptiques (dont les anciens membres de ladite Commission) n’en attendaient pas tant…

La Commission nationale sur les attaques terroristes contre les États-Unis – dite Commission du 11 septembre – a été mise sur pied fin 2002, malgré l’opposition de Dobeuliou, pour étudier les circonstances entourant les attentats du 11 septembre 2001 et éviter in fine qu’une telle situation se reproduise.

Un document (voir page 26) récemment révélé par l’American Civil Liberties Union (ACLU, principale association de défense des libertés individuelles) vient épaissir le délicat dossier de l’obstruction de l’enquête par l’administration Bush.

Une « ligne jaune que la Commission ne doit pas franchir »…

La missive, signée par le procureur général John Ashcroft, le secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld et le directeur de la CIA George Tenet, a été expédiée par le cabinet de l’ancien vice-président Dick Cheney à la Commission le 16 janvier 2004. A l’origine de la bisbille, la Commission avait émis le souhait d’assister aux interrogatoires de prisonniers pour comprendre les incohérences relevées dans les différents dossiers fournis par la CIA.

La réponse implacable du gouvernement tient en ces quelques mots : « Votre Commission a eu l’extraordinaire – fait sans précédent dans l’histoire américaine – privilège d’accéder à plusieurs des secrets les plus sensibles de la nation pour conduire son travail, y compris des informations sur les détenus […] Il y a néanmoins une ligne jaune que la Commission ne doit pas franchir – la ligne empêchant votre enquête sur les attaques du 11 septembre 2001 d’interférer avec la mission du gouvernement d’assurer la sécurité nationale […] La demande des membres de la Commission de participer aux interrogatoires franchit cette ligne ».

Clair, net et sans bavure

Ou presque. Car depuis, de nombreuses révélations ont montré que les interrogatoires ont en grande partie été menés sous la torture. Donc sujets à caution. Les membres de la Commission ont en outre, à de multiples reprises, critiqué l’attitude de l’administration. En 2003, avant la fin de l’enquête, deux responsables de la Commission s’étaient déjà plaints de l’obstruction du gouvernement et du manque de temps et d’éléments fournis pour leur enquête. En juillet 2004, Bob Graham, sénateur démocrate membre de la Commission, a aussi accusé la Maison Blanche de planquer les preuves liant l’Arabie Saoudite aux membres des commandos terroristes. Accusation balayée d’un revers de main par le gouvernement, qui s’est alors contenté d’évoquer une « étrange théorie du complot ». Emballez, c’est pesé…

Attentats, mensonges et vidéo…

En aout 2006, c’est au tour de Tim Roemer de dénoncer les « fausses déclarations » de l’administration. Puis, Thomas H. Kean, le président de la Commission, John Farmer et d’autres anciens membres de la Commission, ont violemment critiqué les « efforts délibérés » de la CIA et du gouvernement pour induire les enquêteurs en erreur. A l’été 2004, juste après la publication du rapport final, les membres de la Commission se sont même réunis pour évaluer les possibilités de déférer certains membres de la CIA et du gouvernement devant la justice pour « fausses déclarations » et entrave à leur enquête ! Finalement, la Commission n’a pas été plus loin, mais c’est l’ACLU qui a porté plainte, lorsqu’elle a appris que la CIA avait supprimé 92 vidéos d’interrogatoires de personnes soupçonnées de terrorisme.

En résumé, le gouvernement a fait pression sur la Commission pour ne pas qu’elle approfondisse trop son enquête. Commission qui affirme par ailleurs ne pas avoir été en mesure de mener correctement ses investigations, en raison d’obstructions délibérées de la CIA, du Pentagone et du gouvernement. Résultat : ceux qui demandent aujourd’hui l’ouverture d’une nouvelle enquête sont systématiquement taxés de « conspirationnisme ». Curieux…