Les États‑Unis aiment se présenter comme les défenseurs du « monde libre ». Une démocratie exemplaire, forcée d’entrer en guerre à contrecœur, toujours pour de bonnes raisons. Le problème, c’est que l’histoire raconte autre chose. Encore et encore, Washington est entré en guerre, ou a renversé des gouvernements, en mentant, tout simplement.
Le mensonge comme déclencheur
1898 — USS Maine, Cuba. Le 15 février, l’explosion du cuirassé USS Maine est immédiatement attribuée à l’Espagne. Preuves ? Aucune. Enquête sérieuse ? Pas plus. Mais la presse états-unienne s’emballe, ment effrontément en inventant une insurrection factice, l’opinion s’enflamme, la guerre est lancée. Bien plus tard, plusieurs enquêtes concluront que l’explosion était le plus probablement accidentelle, et qu’aucun élément factuel ne corrobore l’hypothèse d’une attaque. (herodote, wikipedia, history.state.gov)
1964 — golfe du Tonkin. Même schéma au Vietnam. Le 2 août, un accrochage limité oppose l’USS Maddox à des vedettes nord‑vietnamiennes, alors que le navire participe à des opérations de provocation. Le 4 août, Washington annonce une seconde attaque… qui n’a jamais eu lieu. Les contestations internes sont étouffées. Présenté comme une agression violente et avérée, le faux événement permet au président Johnson d’obtenir les pleins pouvoirs militaires et de lancer l’escalade guerrière. La NSA reconnaîtra le pot aux roses quarante ans plus tard, en 2005. (nsa.gov, nsarchive2.gwu.edu, wikipedia)
Mentir pour renverser des démocraties contrariantes
1953 — Iran. Le Premier ministre Mossadegh nationalise le pétrole. Il est élu, populaire. Problème : il contrarie les intérêts occidentaux. Les États‑Unis jurent respecter la souveraineté iranienne tout en organisant, en coulisses, un coup d’État. Officiellement, un soulèvement populaire spontané. En réalité, une opération montée de toutes pièces par la CIA et le MI6, baptisée TPAJAX. Le Shah est réinstallé. Dictature pendant 25 ans. (apnews, theguardian)
1954 — Guatemala. Même recette. Le président Jacobo Árbenz lance une réforme agraire qui menace des sociétés états-uniennes. Le renversement du président Jacobo Árbenz est planifié et exécuté par la CIA (opération PBSuccess). Coup d’État. Guerre civile (1960‑1996). Génocide de populations mayas. Le tout vendu comme une « lutte pour la liberté ». Et mea culpa officiel du président Bill Clinton en 1999. (wikipedia, wikipedia, cia.gov, history.state.gov)
1973 — Chili. Cas emblématique. En 1970, Salvador Allende est élu démocratiquement. Il est socialiste et réalise quelques nationalisations, scandale ! Washington affirme respecter le vote… tout en finançant l’opposition, en sabotant l’économie et en préparant un coup d’État. Le 11 septembre 1973, Pinochet renverse Allende. Dictature (1973‑1990), torture (40 000 prisonniers), meurtres ou disparitions (3 200). Les documents déclassifiés confirmeront plus tard que tout était prémédité et planifié. (wikipedia, theguardian, hrw)
Le mensonge pour cacher la guerre
1964‑1973 — Laos et Cambodge. Parfois, les États‑Unis ne mentent pas sur les raisons… mais sur l’existence même de la guerre. Pendant le conflit vietnamien, le Laos (1964‑1973) et le Cambodge (1969‑1973) sont bombardés massivement, en secret, sans déclaration de guerre, en violation du droit international. Objectif : empêcher l’expansion communiste à tout prix. Des millions de bombes font des centaines de milliers de morts. Le public états-unien, le Congrès, et parfois même des responsables militaires n’en sont pas informés. Officiellement, l’opération spéciale est « limitée ». En réalité, c’est un désastre régional qui ouvrira la voie aux Khmers rouges. (wikipedia, wikipedia, washingtonpost)
Complicité et soutien à des violences d’État
1965 — Indonésie. Un coup d’État militaire entraîne le massacre de 500 000 à million de personnes accusées d’être communistes. Les États‑Unis soutiennent le nouveau régime, fournissent des informations, et se taisent, niant systématiquement toute intervention. Officiellement : neutralité totale. En réalité : complicité absolue. (wikipedia, nsarchive.gwu.edu, theguardian)
1960 — Congo. Même topo. Patrice Lumumba, symbole de l’indépendance, est diabolisé et éliminé dans un contexte d’ingérence étrangère avec l’aide active, motrice, et cachée, des États‑Unis ; Mobutu s’installe pour des décennies de dictature, soutenu par l’Occident. (wikipedia)
Le mensonge devenu arme moderne
2003 — Irak. Les États‑Unis affirment que Saddam Hussein possède des armes de destruction massive, et qu’il est sur le point de les utiliser. La guerre est lancée. Aucune arme ne sera jamais dégotée, contrairement au pétrole qui coule à flots. Les responsables états‑uniens reconnaîtront plus tard que les renseignements déclencheurs étaient faux, et tout le monde le savait dès le début. Entre‑temps : un pays détruit, des centaines de milliers de morts, et une région durablement déstabilisée. (bbc, wikipedia)
2026 — Venezuela. Le 2 janvier, les États‑Unis prétendent agir pour lutter contre le narco-terrorisme du Cartel de los Soles. Frappes militaires, opération spéciale d’exfiltration de Nicolás Maduro. Washington qualifie l’opération d’action de police transnationale. 1/ Le Cartel de los Soles n’existe pas, et la justice US l’a déjà reconnu implicitement (lemonde). 2/ Des opérations d’action de police transnationale, cela n’a jamais existé en droit international… (lmous). Bon, la bonne nouvelle, c’est que les mensonges sont de plus en faciles (et rapides) à décrypter.
Liste non exhaustive… mais mécanique récurrente
À chaque nouvel épisode de cette série mortifère, la mécanique est immuable : présenter une menace comme terrible et urgente, livrer une version officielle simple et émotionnelle, étouffer les voix dissidentes, puis voir la vérité émerger — toujours trop tard, dans l’indifférence (ou presque). Les mensonges ne sont pas des accidents. Ils sont un outil politique amplifié par les médias affidés de tous pays qui promettent toujours : « Cette fois, c’est différent. » Mais l’histoire, elle, répond invariablement : non.
« L’Art de la guerre » revisité.
« L’art de la guerre, c’est de soumettre l’ennemi sans combat. » — Pauvre Sun Tzu…