Le Brésil expulse des Français "sans-papiers". Œil pour œil  - Amérique du sud Brésil Commission européenne Europe Expulsion Immigration Migrations Sans-papiers
| 03/07/2008

Le Brésil expulse des Français "sans-papiers". Œil pour œil

Image d’illustration © 704417|Pixabay|CC0 or Pixabay

Après l’adoption de la « directive retour » par le parlement européen, de nombreux Etats sud américains ont protesté et menacé, à demi-mots, les Européens de représailles. Le 18 juin, jour de l’adoption de la directive, deux Français se sont fait refoulés du Brésil, qui s’ajoutent à la liste des « Français sans-papiers » expulsés… Œil pour œil, passeport pour passeport…

En Libye, au Maroc, au Gabon…

En novembre 2007, 170 touristes voyageant sur Air Méditerranée se sont vus refuser l’entrée du territoire libyen, au prétexte qu’ils ne pouvaient pas présenter de passeport traduits en Arabe. « C’est une question de principe, de réciprocité et de souveraineté. Les Libyens sont astreints à la même formalité en Europe : ils doivent présenter une traduction de leur passeport » confirme alors un responsable libyen au quotidien le Monde. Puis au Maroc, en décembre 2007, quatre touristes se font refouler à l’arrivée de leur avion. Les autorités ont décidé, sans préavis, d’appliquer à la lettre une loi réclamant un passeport à l’entrée du territoire, alors que jusqu’à présent, pour les groupes de touristes, une carte d’identité suffisait. En mars 2008, c’est le Gabon qui fait des siennes suite à l’expulsion de deux étudiants gabonais de France, et qui refoule deux Français, considérés comme étant en situation illégale. Les services d’Omar Bongo précisant même qu’entre 500 et 1 000 Français seraient en situation illégale au Gabon, et donc expulsables. Ambiance.

L’Amérique du Sud contre la « directive de la honte »

Le 18 juin 2008 était adoptée la « directive retour » à l’échelle européenne, qui autorise désormais l’enfermement généralisé et la rétention sans jugement de 18 mois des ressortissants étrangers en situation illégale, l’autorisation d’expulsion d’enfants, l’autorisation d’expulsion des femmes enceintes et de personnes victimes de tortures… entre autres. Suite à l’adoption de ce texte, les réactions internationales furent très vives. Le président équatorien Rafael Correa a prôné « un front commun pour protester contre la directive de la honte ». Le président vénézuélien Hugo Chavez a menacé de ne plus fournir de pétrole aux pays européens qui appliqueraient cette directive. Le président bolivien Evo Morales a appelé les pays africains et latino-américains à combattre la directive qui « porte atteinte à la vie et aux droits des personnes ». « Nous nous réservons le droit d’imposer aux citoyens européens les mêmes obligations de visas » écrivait-il alors. En Uruguay, dont plus de la moitié de la population est d’origine européenne, le Sénat a voté une motion rejetant un texte qui « constitue une violation des droits de l’Homme, notamment le droit à la libre circulation internationale ». Le Brésil déplore une décision qui « contribue à créer une perception négative de l’immigration ». « La question migratoire ne pourra être résolue de manière efficace que si elle est abordée en respect total des droits de l’Homme », souligne un communiqué officiel. Etc.

« Un de ses amis avait été expulsé de France, nous n’étions pas les bienvenus »

Ce même 18 juin, hasard du calendrier, Vincent Vialard et Fabrice Valade, 33 ans, deux touristes français, se sont vus refuser l’entrée du territoire brésilien, pour « insuffisance de moyens de subsistance ». Les deux touristes déclarent pourtant avoir présenté 400 euros en liquide et des cartes bancaires valides. « Il nous a dit qu’un de ses amis avait été expulsé de France, et donc que nous n’étions pas les bienvenus », raconte un des deux touristes. « Dans un premier temps, j’ai refusé de monter dans l’avion de retour ». « Vous partez où vous irez faire les petites putes dans une prison brésilienne », aurait répondu le policier. Retour immédiat vers Paris, via Lisbonne, sans même avoir le droit de contacter le consulat.

Fallait-il s’y attendre… ?

Des Français, blancs, propres sur eux, bien éduqués, qui se font « expulser » ?! Et si, en plus, comme on le dit, les touristes français sont vraiment les troisièmes au classement des pires touristes du monde, « impolis, râleurs, intenables »… alors l’été s’annonce houleux, pour nos globe-trotters. Mieux vaut prévoir l’assurance rappatriement !

 A mettre en perspective avec ces articles :
Arrestation d’un touriste ivoirien s’apprêtant à repartir chez lui
En France, on expulse les touristes, aussi…

 

Sources : Liberation.fr, Rue89.com, QuotidienDuTourisme.com, Afrik.com, NouvelObs.com