Les nouveaux médocs (à plusieurs millions d'euros) mettent en péril l’accès aux soins  - Bénéfices Cancer CNRS Industries pharmaceutiques Inégalités Innovations Maladie Médecine Médicament Keytruda Médicament Zolgensma Médicaments Merck Pharmacologie Santé Santé publique Scandale Sécurité Sociale Université
| 30/03/2026

Les nouveaux médocs (à plusieurs millions d'euros) mettent en péril l’accès aux soins

Image d’illustration © lunarts | Unsplash | Unsplash

Les médicaments innovants n’ont jamais été aussi chers (jusqu’à plusieurs millions d’euros l’injection). L’UFC-Que Choisir dresse un constat simple : le système actuel de fixation des prix met en péril l’accès aux soins.

Certains traitements atteignent désormais des prix délirants : plus de 4 millions de dollars pour une seule injection de Lenmeldy (Orchard Therapeutics), ou encore 3,5 millions pour Hemgenix .

Intéressons-nous au Keytruda – sujet principal de l’enquête de l’UFC-Que Choisir. Ce traitement d’immunothérapie est devenu en quelques années le médicament anticancéreux le plus vendu au monde. En France, son coût pour l’Assurance maladie a dépassé les 2 milliards d’euros en 2024, soit plus de 5 % de l’ensemble des dépenses de médicaments remboursables. Un poids insensé pour un seul produit (le traitement peut atteindre 70 000 euros par an et par patient). Pourtant, certaines estimations indépendantes suggèrent qu’un prix bien inférieur (quelques centaines d’euros) resterait compatible avec les coûts de production et une rémunération raisonnable des firmes. Actuellement, Keytruda génère plus de 25 milliards de dollars de ventes annuelles, ce qui en fait de très loin le produit phare de son fournisseur Merck & Co (60 milliards $ de chiffre d’affaires en 2024, et 15 milliards de bénéfice net).

Les firmes pharma soignent (surtout) leurs bénéfices

En France, on a aussi le cas du Zolgensma de Novartis contre l’amyotrophie spinale (très rare), commercialisé à un prix avoisinant les… 2 millions d’euros pour… une injection unique ! La Sécurité sociale ne communique pas sur le coût global, mais on estime à une quarantaine le nombre de piqûres annuelles dans l’hexagone. Autres anti-cancéreux concernés : Opdivo (nivolumab) de Bristol Myers Squibb, de 50 000 à 100 000 € / patient / an, Kymriah (CAR‑T cells) de Novartis, 300 000 à 400 000 € la thérapie. Ou Darzalex de Janssen, plusieurs dizaines de milliers d’euros par patient et par an. Liste bien évidemment non exhaustive.

Les citoyens paient deux fois

Comble du sarcasme, ces médicaments se basent sur des molécules issues de recherches au financement public : CNRS et AFM-Téléthon pour Zolgensma, université de Kyoto pour Keytruda (grâce aux travaux de Tasuku Honjo notamment, qui a obtienu un prix Nobel pour cela). Idem pour les trois autres médocs. Et comme toujours, c’est le secteur privé qui a ensuite transformé ces découvertes en médicaments sonnants et trébuchants. Au final, les citoyens paient deux fois : pour financer la recherche et pour acheter les produits finaux (via l’Assurance maladie en France).

(UFC) Que Choisir, le fric ou la santé ?

Le prix des médicaments innovants a connu une inflation continue, sans lien clair avec les coûts réels de production ou leur bénéfice thérapeutique. Et pourquoi donc ? « Willingness to pay » (propension à payer ), ça vous parle ? Autrefois, les industriels se donnaient la peine de mettre en avant les coûts de R&D, les risques et toute une série d’arguments, certes discutables, mais qui se tenaient tant bien que mal. Aujourd’hui, ces précautions ont sauté : le laboratoire fixe son prix en fonction de ce qu’il estime que les autorités de santé sont prêtes à payer. Le « modèle Apple » appliqué à la santé. Et ensuite, ces autorités sanitaires négocient en direct, de façon totalement opaque, au nom du sacro-saint secret des affaires. Les dépenses de médicaments remboursables atteignaient 38 milliards d’euros en France en 2024, en progression continue depuis 2014. Et une part croissante de cette somme est pompée par un nombre très limité de « blockbusters » (cachetons qui réalisent plus d’un milliard de chiffre d’affaires annuel).

Graphique et autres données disponibles sur vie-publique.fr.

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Image d’illustration © vie-publique.fr | vie-publique.fr

L’UFC-Que Choisir dénonce aussi les stratégies industrielles de prolongation non justifiées des brevets, retardant l’arrivée de génériques bien moins chers. Dans le même temps, les dépenses massives consacrées aux blockbusters se font au détriment d’autres besoins du système de santé (hôpitaux, personnels, équipements). Et l’État impose en outre des économies sur les génériques et biosimilaires, ce qui fragilise leur rentabilité. En conséquence, certains médicaments anciens, pourtant essentiels, sont progressivement délaissés voire fragilisés faute de marges suffisantes (Extencilline, salbutamol, melphalan, vincristine…). Résultat : des pénuries croissantes (400 médocs concernés fin 2024) qui touchent parfois des traitements vitaux.

Bref, l’accès aux soins est directement menacé.

L’UFC-Que Choisir réclame :

  • Transparence totale sur les prix réels, les essais cliniques et les brevets ;
  • Négociation européenne des prix pour peser plus fort face aux laboratoires ;
  • Évaluation indépendante et rigoureuse de la réelle valeur thérapeutique des médicaments ;
  • Faire que les financements de la santé et des soins y soient pleinement consacrés, y compris dans la négociation des prix des médicaments ;
  • Activation de la licence d’office pour casser les monopoles en cas de prix abusifs ;
  • Relocalisation de la production des médicaments essentiels pour garantir l’approvisionnement.

Mais la pilule aura du mal à passer.

Lire le communiqué de l’UFC-Que Choisir sur quechoisir.org.

Cet article est publié sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0. Détails ici.
Exemple de crédit à insérer sous la republication (prêt à copier/coller) :
Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

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