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| 08/04/2026

Loi Yadan : bientôt le point Godwin au casier judiciaire

Image d’illustration © ulleo | Pixabay | CC0 or Pixabay

La loi Yadan a un mérite : elle montre qu’en politique, quand un texte est mal foutu au départ, le retravailler à la va-vite pour le rendre « plus universel » ne le rend pas plus intelligent. Ça le rend plus large. Et comme souvent, plus large signifie plus dangereux.

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À force de vouloir tout attraper, on finit par fabriquer une loi qui ressemble à un filet de pêche lancé dans un caniveau : on prétend viser le gros poisson, et on ramasse surtout des mégots, des tongs et notre bon vieux Gérard du PMU.

Prenons un jacobin un peu chargé en café. Il lâche : « Monaco est une aberration historique. C’est Neuilly avec un drapeau, il faudrait rattacher ce rocher à la France. » Hier, c’était une sortie de comptoir. Demain, avec un peu d’imagination militante et un parquet d’humeur créative, ça pourrait devenir un appel à la destruction d’un État reconnu par la France. Voilà Gérard transformé en menace civilisationnelle entre deux pastis. Et condamnable pour… antisémitisme ! 1

Notons que récemment, le président du parlement néerlandais a proposé de couper la Belgique en deux, d’en garder une moitié et de donner l’autre à la France. Antisémite ! Et puis au sujet de Taïwan… qui, du point de vue du droit international, appartient à la Chine, faut-il criminaliser aussi ceux qui réclament son indépendance ? Allez hop, les encravatés de plateaux pro-occidentaux compulsifs… ça part en garde à vue. Ça va faire tout vide dans les médias mainstream !

Même sketch chez le droitard pro-israélien qui s’emballe un soir de plateau télé : « La France n’aurait jamais dû reconnaître l’État palestinien. Il faut revenir là-dessus. » Même motif, même punition. À force d’écrire des textes si larges qu’on pourrait y faire passer un troupeau, on finit par offrir à ses propres amis une place en garde à vue. C’est ce qu’on appelle une loi inclusive.

Un nouveau statut pour le point Godwin. Avant, le PG était juste le signal qu’un débat avait touché le fond. Maintenant, ça pourrait presque devenir une catégorie procédurale. L’éditorialiste patronal gueule : « L’URSSAF, c’est la Gestapo des artisans ! » L’expert RMC s’enflamme : « Aujourd’hui, quand on fait des barbecues, on nous traite de nazis ! » ou « Le pass piscine, aujourd’hui ; l’étoile jaune demain ». Normalement, tout cela relève juste du mauvais goût, du ridicule, ou d’un apéro trop appuyé. Avec un texte extensible et des notions aussi cotonneuses que « implicitement » ou « banalisation outrancière », ça commence à sentir la qualification judiciaire.

Un politique qui répond vite fait dans la rue à la question d’un enfant lui demandant qui est Hitler : « C’était une mauvaise personne qui a fait de mauvaises choses. » Le sociologue du dimanche parlant d’un attentat à la bombe au supermarché du coin : « On exagère l’importance de cet acte, il n’a tué personne ! » Le professeur de littérature qui fait de l’esprit : « Chez Corneille, on voit bien comment une rhétorique héroïque peut pousser certains esprits faibles au passage à l’acte. » Minoration et banalisation outrancière. Même tarif.

Ou encore, le formateur du GIGN : « Pour comprendre un groupe terroriste, il faut se mettre dans sa logique. » Normalement : pédagogie. Version judiciaire de l’article 1 surchauffée : « mise en empathie », donc soupçon de complaisance, et donc d’apologie du terrorisme.

Le problème est là : une démocratie à peu près saine n’est pas censée pénaliser la connerie bas du front. Elle est censée réserver le pénal aux cas sérieux, clairs, délibérés. Sinon, on entre dans un monde où la phrase bête devient une pièce à conviction, où le second degré finit expertisé, et où un prof fatigué ou un twittos en mal de reconnaissance découvre que le vrai sujet n’est plus ce qu’il a voulu dire, mais ce qu’un procureur surcaféiné peut décider d’y lire.

Morale de l’histoire : la lutte contre l’antisémitisme est quelque chose de trop sérieux pour être confiée à des politiques.

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  1. Mes excuses à tous les Gérard ! ↩︎

Pour comprendre un peu plus sérieusement le souci de cette loi, lire « Antisémitisme, antisionisme : les dangers de la loi Yadan ».

Cet article est publié sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0. Détails ici.
Exemple de crédit à insérer sous la republication (prêt à copier/coller) :
Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

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