On croit souvent que l’argot sert à cacher. En réalité, il sert surtout à se montrer : montrer d’où l’on parle, avec qui, et contre quoi parfois. Depuis le Moyen Âge, cette langue joue avec les règles pour mieux dire le réel.
L’argot cache moins qu’il ne révèle. Ce n’est pas juste un code secret de voyous : c’est un marqueur d’identité, ancien, mouvant, et profondément social, né bien avant le rap ou les cités. Depuis le Moyen Âge, il sert à se reconnaître entre initiés et parfois à cacher le message.
Des auteurs comme Villon ou Jehan‑Rictus l’ont utilisé pour dire le réel cru, dénoncer la misère, et se démarquer d’une langue bourgeoise jugée bidon.
Aujourd’hui, l’argot vit à fond à travers le rap, les réseaux sociaux et les jeunes, avec une créativité folle : verlan, emprunts (« wesh », « GG »), néologismes, verlan de verlan.
« L’argot accélère le renouvellement du langage », disait le linguiste Albert Dauzat. C’est moins une rébellion qu’un jeu avec les mots, une façon plaisante et libératrice de parler le monde autrement.