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| 29/11/2025

Travailler plus pour s'appauvrir plus : l’exception française en Europe

Image d’illustration © Pierre Madec OFCE|Blog OFCE

Malgré un marché du travail en forme, la pauvreté atteint 15,4 % en 2023, un record depuis près de 30 ans. Inflation, emplois sous-payés et aides moins efficaces expliquent ce paradoxe très français.

Le calcul, le graphique et les analyses ont été réalisés par Pierre Madec de l’OFCE, d’après les chiffres d’Eurostat. Le graphique affiché dans cet article est un simple ajustement visuel réalisé par nos soins.

Graph OFCE Taux de pauvreté travail et en France et en Europe
Graph OFCE Taux de pauvreté travail et en France et en Europe

En ordonnées, le taux de pauvreté. En abscisse, le taux d’emploi. Partout, le taux d’emploi augmente. Il n’y a rien qui vous choque ? Vraiment rien ? ^^

La France championne d’Europe !

En France, on bosse plus qu’avant, mais bizarrement la pauvreté grimpe aussi, contrairement aux autres pays européens, où l’amélioration du marché du travail a le plus souvent coïncidé avec une baisse de la pauvreté.

En 2023, 15,4 % de la population en France métropolitaine vivait sous le seuil de pauvreté, soit environ 9,8 millions de personnes. Le seuil était de 1 288 € par mois pour une personne seule. C’est le niveau le plus élevé depuis 1996. Cette hausse s’explique par une forte inflation, la fin des aides exceptionnelles au pouvoir d’achat et la très faible revalorisation des salaires (quand elle existe). Mais pas que.

Les boulots (très) mal payés s’imposent

La part des travailleurs indépendants est passée de 9,9 % à 11,2 %. Plus d’1,5 million d’emplois ont été créés dans le privé, surtout dans les micro entreprises. Le nombre d’apprentis a aussi fortement augmenté : de 565 000 en 2017 à plus d’un million en 2023. Un cache-misère.

La redistribution en chute libre

Historiquement, la redistribution en France réduit fortement la pauvreté. Mais depuis dix ans, son impact diminue selon l’Insee. Les prestations sociales sortaient 37 % des ménages de la pauvreté en 2017, contre seulement 28 % en 2023.

Pourtant, l’intensité de la pauvreté étant restée globalement stable au cours de la période… reste l’explication la plus probable : les importantes mesures d’économies sur les prestations familiales et les allocations logement (notamment) ont cassé l’effet positif de la redistribution sociale.

Taux de pauvreté et d'emploi en France - Graphique OFCE

Les Français bossent, les riches encaissent

Depuis 2017, la part de la TVA participant au fonctionnement de l’état est passée de 91.5 % à 45.9 %, le reste servant à compenser les exonérations de cotisations patronales, sans aucun impact ni en terme d’emploi, ni de pouvoir d’achat. Le seul impact aura été d’engendrer des baisses de redistribution en compensation.

Mais rassurez-vous, Gaulois réfractaires citoyens, car tout n’est pas à jeter dans notre beau pays. Il faut savoir mettre en perspective, relativiser, prendre du recul, de la hauteur.

Entre 2012 et 2024, la redistribution des dividendes du CAC 40 a bien fonctionné, passée d’environ 36 milliards à près de 100 milliards, avec des taux frôlant – voire dépassant – les 100 % du bénéfice. Et sur cette même période, la richesse des 500 plus grandes fortunes frenchies est passé de 267 milliards à 1228 milliards d’euros. Ça réchauffe le cœur, non ?

Pour plus de détail et de technique, voir du côté de l’OFCE.