En 90 minutes chrono, les États‑Unis ont fait disparaître un président en exercice, sans combat, sans mandat, sans justification légale. Officiellement, il s’agissait de lutter contre le « narco‑terrorisme ». Officieusement, de vassaliser tout un continent (voire plus).
Narco‑terrorisme : la poudre aux yeux
L’administration Trump a justifié l’opération militaire menée au Venezuela le 3 janvier 2026 par la lutte contre un prétendu « narco‑terrorisme ». Pourtant, le Venezuela ne joue qu’un rôle mineur dans le narcotrafic régional. Selon l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (UNODC), environ 5% des flux régionaux de cocaïne transitent par son territoire, loin derrière les grands corridors du Pacifique et des Andes (Colombie, Pérou, Bolivie). Et cela ne représente que 0,5 à 1% de la cocaïne qui arrive aux États-Unis. De plus, si la lutte contre le narcotrafic constitue réellement une priorité pour Donald Trump, comment expliquer qu’il ait gracié le 1er décembre 2025 l’ancien président hondurien Juan Orlando Hernández, pourtant condamné l’année précédente à 45 ans de prison pour avoir inondé le marché US de stupéfiants ?
L’empire fait la loi
Faut‑il le rappeler ? Cette opération visant à l’extraction du président Nicolás Maduro est totalement illégale au regard du droit international. Celui‑ci consacre le principe de souveraineté des États et interdit strictement toute intervention militaire extérieure sans autorisation explicite du Conseil de sécurité des Nations unies ou en l’absence de légitime défense, c’est‑à‑dire sans menace d’attaque armée imminente.
Que retenir des déclarations de Trump ? Un coup d’État colonial.
Mais où trouve-t-il toute cette énergie ?
Pour faire simple : les États‑Unis ont réaffirmé leur volonté de contrôler politiquement les Amériques. Ils se réservent le droit de renverser tout pouvoir qui ne leur convient pas — qu’il soit de gauche, qu’il leur refuse l’accès aux ressources pétrolières, ou qu’il s’aligne sur d’autres pôles de puissance, comme les BRICS (que le Venezuela souhaitait rejoindre). Peut-on faire plus cynique ? Plus impérialiste ? Plus colonial ?
Un continent sous contrôle
L’opération militaire au Venezuela n’ira pas plus loin. Il n’y aura pas d’invasion, mais les États-Unis ont montré qu’ils pourront renverser les pouvoirs vénézuéliens et plus largement sud-américains tant qu’ils n’auront pas ce qu’ils désirent, c’est-à-dire des gouvernements aux ordres.
Sont désormais clairement visés : Cuba (symbole historique de la résistance à l’hégémonie états-unienne depuis 1959), Guyana (ressources pétrolières), Nicaragua (position géographique, narcotrafic, allié de la Russie, de l’Iran et de la Chine), Panama (raisons commerciales stratégiques liées au canal), Canada (ressources minières et pétrolières), Groenland (terres rares, passage maritime stratégique). Mexique, Colombie (Donald Trump les a explicitement menacés)… En réalité, tout pays ne se carpettant pas devant Trump.
L’armée vénézuélienne en mode avion
L’intervention US, qui aura duré une heure et demie, n’a rencontré aucune résistance. Aucune. Comment est‑il possible que 150 aéronefs (avions et hélicoptères) offensifs étrangers se baladent tranquillement dans le ciel vénézuélien, se posent et enlèvent le président du pays, sans être inquiétés le moins du monde ? Aucune tentative d’interception, aucune défense matérielle activée, aucune réaction militaire coordonnée.
Depuis des années, le Venezuela est soumis à des sanctions économiques, des restrictions technologiques et un isolement logistique qui ont progressivement affaibli ses capacités opérationnelles. Certes. Les États‑Unis disposent d’une force de frappe écrasante. Certes. Mais cela ne suffit pas à expliquer cette absence totale de réaction.
Les armées du monde entier doivent surchauffer, en ce moment-même, car il y a nécessairement autre chose. Pressions, manipulations, complicités au sommet de l’appareil militaire ou politique ? Probablement. Brouillage et coupures technologiques totales, sans aucun doute. Mais les détails viendront, (très) riches d’enseignements. Où l’on apprendra peut-être que les États-Unis peuvent, en un clic, neutraliser un pays entier. Faites vos jeux.
Impérialistes de tous pays, choisissez votre camp.
Quant à Emmanuel Macron himself, « Le peuple vénézuélien est aujourd’hui débarrassé de la dictature de Nicolás Maduro et ne peut que s’en réjouir. », a écrit le chef de l’État sur X, sans même évoquer dans son message les attaques états-uniennes. C’est un soutien pur et simple à Donald Trump (qui a d’ailleurs relayé le message) et une insulte envers le Droit international et l’ONU. Une broutille.
Ceux qui applaudissent ce coup d’État s’en rappelleront‑ils le jour où l’Oncle Sam s’en prendra au Groenland — et donc au Danemark ?
PS : quelqu’un a entendu parler du bilan humain des attaques, victimes militaires ou civiles, côté vénézuélien ? Au moins 40 Vénézuélien·nes auraient été tué·es.