Téléphonie mobile et santé : la pression monte et les assureurs n'assurent plus

De nouvelles études montrent les dangers des rayonnements électromagnétiques sur la santé. Plus fort, les assureurs, s'appliquant à la lettre le principe de précaution, refusent depuis 2003 d'assurer les opérateurs de téléphonie mobile pour tout ce qui concerne "les dommages de toute nature liés aux champs et ondes électromagnétiques". Et les plaintes en justice se succèdent. Il va y avoir du sport...

Dangers et risques sur la santé des téléphones portables

A la suite d'une longue liste d'études scientifiques plutôt inquiétantes, de nouveaux rapports ont récemment été publiés, concernant notamment l'utilisation du téléphone portable par des enfants. Les risques d'apparition de symptômes allant jusqu'au cancer est multiplié par 5 pour les utilisateurs de téléphones portables. Une autre étude géante évaluant l'effet du téléphone mobile sur la santé, baptisée "Interphone", a été réalisée entre 2000 et 2006, portant sur 14000 personnes dans 13 pays pour un coût total de 30 millions de dollars. Mais depuis 2006... silence radio sur les ondes. Le rapport devait être publié début 2007, mais de retards en contretemps inexpliqués, on vient d'apprendre par The Economist qu'il ne le sera finalement pas avant 2009. De quoi faire jaser dans les chaumières...

Les assureurs n'assurent plus

Mais, principe de précaution oblige, il ne faudrait pas remettre en cause tout un pan de notre économie sur de simples supputations qui pourraient éventuellement s'avérer erronées, car d'autres études, tout aussi scientifiques, disent le contraire. Dont acte.

Cependant, si les gouvernements restent aux abonnés absents et si fabricants et opérateurs font la sourde oreille, d'autres acteurs ne l'entendent pas du même tympan. Les consommateurs, tout d'abord. Aux Etats-Unis, les plaintes s'empilent au sein de class-actions, principe totalement inconnu dans l'hexagone où les plaintes ne peuvent être qu'individuelles. Les assureurs, ensuite, qui savent ce que signifie "principe de précaution" et qui se désengagent petit à petit en ce qui concerne "les dommages de toute nature liés aux champs et ondes électromagnétiques". Les scientifiques, enfin, qui commencent à s'exprimer publiquement sur le sujet, même quand on ne leur demande rien.

"Quelques dizaines de milliards de dollars"

En 2003, les principales compagnies mondiales de réassurance (LLoyds, Swiss de Ré, Allianz...) ont déclaré publiquement ne plus couvrir les risques sanitaires liés à la téléphonie mobile. Un reportage de France 2 de l'époque révélait le contenu de documents confidentiels. "L'industrie de l'assurance sera confrontée à des réclamations se chiffrant à quelques dizaines de milliards de dollars" affirmait le rapport. "Confronté" ne signifie pas "condamné", certes, mais un autre document se faisait un peu plus précis lorsqu'il constatait que "sur le terrain judiciaire en Europe, on constate les premières reconnaissances par les tribunaux d'un danger lié aux champs électromagnétiques". Mais les opérateurs ne souhaitent pas vraiment communiquer sur ce sujet, et un document téléchargeable sur le site des "Robins des toits" montre que l'assureur Axa refuse lui aussi d'assurer ce genre de risques.

 

 

 

 

 

Un fait nouveau vient rajouter un peu de piment à l'affaire. Récemment, Nokia était poursuivi par ses propres compagnies d'assurances (Zurich American Insurance Company, Federal Insurance Company, et National Union Fire Insurance Company) qui refusaient de couvrir les risques, suite à des class-actions initiées aux Etats-Unis. Mais le 29 Août 2008, la Cour Suprême du Texas a estimé que celles-ci ne pouvaient pas se défausser aussi facilement. Courage, fuyons...

Les parlements européen et américain s'en mêlent

Rappelons aussi que le parlement européen vient d'adopter, le 4 septembre 2008, une résolution qui laisse sans voix. Evoquant le flou artistique régnant autour de nouvelles pathologies comme l'hypersensibilité aux rayonnements électromagnétiques, le parlement européen se déclare "vivement interpellé par le rapport international Bio-Initiative sur les champs électromagnétiques, qui fait la synthèse de plus de mille cinq cents études consacrées à la question, et relève dans ses conclusions les dangers sur la santé des émissions électromagnétiques", constate que "les limites d'exposition aux champs électromagnétiques fixées pour le public sont obsolètes" et "regrette profondément que la Commission n'ait pas assuré un financement adéquat en matière de surveillance biologique humaine pour l'année 2008, comme elle s'y était engagée auprès des États membres et du Parlement".

50 ans pour faire le lien entre la cigarette et le cancer du poumon

"On ne doit pas rééditer ce que nous avons connu à propos de la cigarette et du cancer du poumon, où notre nation a pinaillé sur chaque détail d'information avant d'avertir le public", a déclaré à la tribune du Congrès américain, jeudi 25 septembre, David Carpenter, spécialiste de santé publique et professeur de santé environnementale à l'université d'Albany (New York). Selon lui, la prudence doit s'imposer. "A la lumière des 70 ans que cela nous a pris pour retirer le plomb des peintures et des 50 ans qu'il a fallu pour établir de façon convaincante le lien entre la cigarette et le cancer du poumon, j'affirme qu'on ferait bien de tirer les leçons du passé pour mieux interpréter les signes de risques potentiels", a pour sa part fait valoir le docteur Ronald Herberman (université de Pittsburgh, Pennsylvanie), responsable de l'un des dix plus importants centres de recherche américains contre le cancer. "Il y a dans le monde 3 milliards d'usagers réguliers de téléphones cellulaires. Nous avons besoin d'un message de précaution" a-t-il ajouté en insistant sur le fait que la majorité des études sont caduques !

Les consommateurs s'inquiètent, les scientifiques s'alarment, les parlements s'interrogent, les assureurs prennent leurs jambes à leur cou... mais les opérateurs et les responsables politiques ne bougent pas d'un pouce.  N'y aurait-il pas comme un peu de friture sur la ligne ?

 

Pour plus d'informations sur les études scientifiques et le rapport BioInitiative, lire aussi : "GSM - Santé : Le téléphone mobile tue, mais on ne le sait pas encore..."

(Sources parmi tant d'autres : lesmotsontunsens.com, lemonde.fr, economist.com, robinsdestoits.org, independent.co.uk, nouvelobs.com, europarl.europa.eu, 01net.com)

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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En pareil cas...

... que dire des personnels des opérateurs téléphoniques intervenant sur site. Là on ne parle pas d'un téléphone mobile avec une puissance d'émission faible, mais de chiffres de plusieurs dizaines de Watt! Et encore ceux-là ne sont-ils qu'épisodiquement à proximité des antennes... ce qui n'est pas forçément le cas des ingénieurs travaillant en R&D passant des journées/semaines/mois en plateforme, avec des baies dont les bouchons atténuateurs ne sont pas toujours posés... travaillant sur des amplificateurs de puissance pas encore caractérisés complètement (filtrages...).

Qu'en dit la médecine du travail? Observe-t'on maintenant chez eux les dégats que l'on devrait observer après des décennies d'exposition plus faible sur le grand public?

C'est une information qu'il devrait être possible d'obtenir...

Information...

Bonne remarque, et bon sujet.

1/ La médecine du travail est-elle habilitée à mener de telles études ? Non, sauf sur commande de la société cliente, l'opérateur GSM. Rêvons...

2/ Un évènement étonnant est survenu en juin 2008, particulièrement révélateur : Les représentants des salariés de France-Télécom s’inquiètaient alors des effets des radiofréquences sur la santé des salariés. Que font-ils ? Ils s’adressent à Priartem pour les éclairer !

Lire en particulier : http://www.priartem.fr/Quand-les-representants-des.html

Révélateur d'une ignorance (volontaire ou involontaire) totale du problème au sein des opérateurs.

(j'ai essayé d'en savoir plus à l'époque, mais Priartem n'a pas souhaité répondre à mes questions)

@micalement

odenis

Il me semble que ce la fait déjà un petit moment que les assureurs n'incluent plus le gsm dans leurs clauses.
Pour info j'ai aussi écris un billet sur les gsm et autres ondes nocives : http://www.odenis.com/stop-lhypocrisie-sur-les-rseaux-sans-fils/

Comme au CASINO, les assureurs ne perdent jamais!

Les assureurs n'assurent que les risques...CONNUS statistiquement, c'est à dire : dont on ignore seulement la survenue sur le plan "individuel" mais dont on connait en gros le nombre global, 5000 morts par an dans les accidents de voitures etc...

Si les assureurs n'assurent pas la téléphonie mobile c'est uniquement parce qu'ils n'ont pas de chiffres connus. Pour eux, ce n'est ni positif, ni négatif, c'est..."FLOU" et ca n'a pas d'autre signification. Utiliser l'argument en suggérant autre chose pourrait relever de la manipulation de l'information.

PHOTON