Scandale industrie pharmaceutique Scandale de grande ampleur dans l'industrie pharmaceutique scandale grande ampleur industrie pharmaceutique 3706

Des millions de patients sont concernés dans le monde. Dr Scott S. Reuben, un des chercheurs américains les plus prolifiques dans le domaine du traitement de la douleur postopératoire, a fabriqué de toutes pièces la plupart des données de ses recherches, depuis 1996, au profit de plusieurs géants pharmaceutiques. Pfizer et Merck notamment.

Scandale industrie pharmaceutique - médicament

Un Madoff de la médecine (imaginaire)

Dr Scott S. Reuben, chercheur anesthésiste à Springfield (Massachusetts) et praticien au Centre médical de Baystate, n'a jamais effectué les essais cliniques qu'il a décrit dans au moins 21 de ses 72 articles scientifiques publiés depuis 1996 ! C'est le porte-parole de l'hôpital qui a lâché la bombe, relayé par le New-York Times du 10 mars. La fiabilité de l'ensemble de son oeuvre est aujourd'hui remise en cause.

Or, en une douzaine d'année, Scott Reuben avait révolutionné le traitement des douleurs postopératoires. Ses études avaient notamment permis aux médicaments comme le Celebrex, le Lyrica et le Dynastat de Pfizer, l'Effexor de Wyeth, ou le Vioxx de Merck d'être utilisés et autorisés par la Food and Drug Administration (FDA). Les traitements promus par le chercheur concernent aujourd'hui des millions de patients dans le monde. Et beaucoup de milliards de dollars.

Hasards ou coïncidences

Outre le fait que Pfizer a attribué, ces dernières années, de nombreuses études à Reuben, le chercheur était aussi payé par la firme pour animer des conférences totalement dévolues à la gloire de ses médicaments, selon le Wall Street Journal. Le géant pharmaceutique se défend en invoquant d'autres études "indépendantes" sur les médicaments concernés. "Nous attendons des chercheurs indépendants qu'ils soient sincères et motivés par le désir de faire avancer les soins aux patients. Nous sommes très déçus d'apprendre ces allégations au sujet du Dr Scott Reuben" a notamment déclaré le porte-parole de Pfizer. La larme à l'oeil...

"Lorsque les chercheurs sont redevables d'entreprises pour une grande partie de leurs revenus, il existe une tendance évidente à obtenir des résultats qui leur sont favorables", s'est plaint le Dr Jerome Kassirer, ancien rédacteur en chef du New England Journal of Medicine et spécialiste des conflits d'intérêts dans l'industrie pharmaceutique. Etonnant.

Un plan qui se déroule (presque) sans accroc

D'une part, les compagnies pharmaceutiques fournissent elles-mêmes les données nécessaires à l'évaluation des médicaments, en vue d'obtenir les autorisations de mise sur le marché. D'autre part, elles embauchent les médecins pour réaliser les essais complémentaires sur les médicaments approuvés. Et enfin, elles mènent des actions de démarchage auprès des médecins de ville pour leur fourguer leur camelote. La boucle est bouclée, sans accroc, et des milliers de patients se retrouvent... accros.

Seule ombre au tableau : chaque année, des dizaines de médicaments sont retirés du marché pour leur dangerosité, alors qu'ils ont passé toutes les étapes des évaluations sanitaires. Le Vioxx, par exemple, sur lequel a travaillé Reuben. La FDA estime que ce traitement largement utilisé contre l'arthrite, a provoqué depuis 1999 aux États-Unis 160 000 crises cardiaques et attaques cérébrales et serait à l'origine de 27 785 décès. Il a été soustrait des pharmacies en 2004 par son fabriquant (Merck), alors que les rumeurs de dangerosité commençaient à se faire insistantes.

Les scandales se suivent et se ressemblent

Le prochain scandale pourrait d'ailleurs bien éclater dans les toutes prochaines semaines à propos du Seroquel d'AstraZeneca. Selon de nombreuses sources, la firme tenterait de garder secrets des documents montrant qu'elle connaissait les effets secondaires graves de son médicament, sans jamais les avoir révélés. Mais 4,5 milliards de dollars d'aumônes annuelles ne valent-ils pas quelques messes basses ?

(Article publié sur le site "Les mots ont un sens")

 

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Le scandale des "expertises" cliniques sur les médicaments !!!

Médecin, récemment retraité de Médecine Générale et de Pathologie Professionnelle,vieux lecteur et militant de la revue Prescrire, seule revue médicale indépendante des laboratoires pharmaceutiques,je suis membre de l'association Formindep qui réunit, depuis quelques années, des centaines de professionnels de santé et de patients: l'objet en est "Une FORmation médicale INDEPendante" de toutes les pressions et en particulier de celles de l'industrie pharmaceutique! Il faut savoir en effet que cette dernière finance à plus de 90 % la FMC, alias Formation Permanente des Médecins, et la quasi-totalité des "travaux" et "essais" des médecins-experts,essentiellement des spécialistes et des professeurs hospitalo-universitaires.Ces publications permettent d'obtenir le sésame, l'AMM, Autorisation de Mise sur le Marché, des nouveaux médicaments. Le professeur Reuben est la version américaine d'un de ses leaders d'opinion que nous appelons volontiers " dealers d'opinion" surtout quand ils faillissent dans leur tâche à ce point! Le problème principal de cette organisation réside dans les nombreux « conflits d'intérêts » générés, les expérimentateurs étant la plupart du temps les décideurs... En France où c'est le cas, nous sommes dotés d'une haute autorité de santé, HAS, chargée d'édicter les règles de bonnes prescriptions officielles : comble de l'ironie,cette HAS est elle-même incapable de gérer les conflits d'intérêts de ses membres, la plupart éminents professeurs de CHU...Cette situation conduit à des "recommandations" éminemment biaisées comme ce vient d'être le cas pour deux affections fréquentes et préoccupantes: la Maladie d'Alzheimer et le Diabète de type 2. Mes confrères les Docteurs Foucras et Masquelier viennent de mettre en ligne, sur le site Web du Formindep ( http://formindep.org/ ) un excellent travail sur ce sujet et j'invite instamment tous ceux qui sont intéressés par ces problèmes, et ils sont nombreux n'en doutons pas par ces temps de crise et d'instrumentalisation de celle-ci pour défaire notre sytème solidaire de couverture santé, à consulter cet éditorial :
"HAS et conflits d'intérêts, des recommandations professionnelles peu recommandables" :
http://formindep.org/Des-recommandations
Dr. Claude Lamy, 85.

Expertises truquées & conflits d'intérêt

Très intéressant article. J'avais déjà traité à plusieurs reprises la question de ces prétendus experts indépendants - cela vaut aussi pour les OGM et certaines conclusions de l'Académie de médecine - qui sous couvert de leur autorité tronquent ou bidonnent carrément leurs travaux.

Tous ne sont pas "achetés" mais leurs liens avec les labos sont multiples.

Il suffit de penser à ces "congrès médicaux" qui se tiennent dans des destinations plus touristiques que propres au travail intellectuel...

Les publications scientifiques sont elles-mêmes parfois un enjeu, sinon directement financier du moins de prestige et de reconnaissance. Certains ont bidouillé leurs résultats. Sans même parler de ce Coréen (?) dont j'ai oublié le nom (mais si besoin est, je le retrouverais sur Google) qui avait complètement controuvé ses découvertes sur le clonage.

Un seul "maux" d'ordre : money, money, money ! Il s'agit pour les labos de découvrir la molécule miracle qui sera la "poule aux oeufs d'or" : le médicament dit "block-buster" dont ils tireront au minimum 1 milliard de dollars de chiffre d'affaires par an, pendant toute la durée du brevet.

Le cas du Vioxx est emblématique... Taire les effets secondaires. Et d'autre part, il paraît aberrant de prescrire un anti-inflammatoire au long cours ! Je connais une très bonne rhumatologue qui préconise au contraire l'usage le plus court possible et l'arrêt dès que les symptômes aigûs ont régressé. Mais cela ne va pas évidemment dans le sens des labos.

Les visiteurs médicaux ne sont d'ailleurs pas en reste même si a priori les "cadeaux" sont désormais interdits... Mais je ne sais pas ce qu'il en est aujourd'hui dans la pratique courante. La plupart n'ont aucune formation suffisante pour être critique. Et la seule que je connaissais - il ne lui restait que sa thèse à valider - s'est fait virer parce qu'elle n'était pas assez "commerciale" ! ça ne s'invente pas.

Quand j'étais infirmière nous avions constaté à la clinique où j'ai travaillé en dernier, les "effets de mode" pour les médicaments. Notamment en cardio, domaine qui m'intéressait particulièrement car outre mon travail, je faisais tous les électros... du jour au lendemain les cardiologgues attachés à la clinique prescrivaient un nouveau médicament à tour de bras... Les VRP (gloups ! les visiteurs médicaux) étaient passés par là...

Le business des revues scientifiques... ne pas oublier l'éditeu

Bonjour. Merci pour cet article très complet, auquel il manque une donnée tout à fait importante, sur laquelle je souhaite vous alerter. Je suis contraint de le faire anonymement, sauf à mettre en péril mon emploi : entre Merck, Pfizer et les rédactions des journaux scientifiques, il y a un acteur important, prestataire à la fois autorisé, nécessaire et suffisant auprès de l'industrie pharmaceutique pour ce genre de publications : l'éditeur. L'éditeur des revues scientifiques (Elsevier en premier lieu) est celui qui édite la revue scientifique (elle lui appartient) et dépose l'article dans la base de données (qui permet à l'auteur ou au groupe d'auteurs d'améliorer leur "impact factor" dans les bases de données scientifiques, ce qui est très important dans la gestion des carrières scientifiques). Or, au-delà des sommes faramineuses que payent TOUS les laboratoires pour que les scientifiques rédigent des papiers sur les "succès" thérapeutiques de leurs produits (la communication médicale est très contrainte juridiquement), il est important de rappeler que Elsevier (et qq autres) encaisse cet argent de la part des laboratoires pour éditer ces articles. Société multinationale présente partout, qui dispose d'une force de ventes très puissante, Elsevier "vend" les espaces rédactionnels aux laboratoires, et les vend très cher. Relus ensuite par les services réglementaires des labos, approuvés par les rédactions scientifiques, il y a là un réseau de complicité et d'intérêt (le rédactions percevant une part de la rémunération allouée par les labos à l'éditeur) qui ne doit pas être oublié ni passé sous silence... Pour rappel, l'une des bases de données scientifiques les plus importantes est ScienceDirect, portail de diffusion d'articles scientifiques d'Elsevier. Le labo, quel qu'il soit, n'est pas le seul à être complice de la fraude : l'éditeur y participe grandement, et il serait intéressant de savoir combien Merck ou Pfizer ont payé à l'EDITEUR pour ces publications...

Comment ça marche ?

Quelques très grands groupes d'édition scientifique détiennent dans leur portefeuille les revues les plus réputées, les plus écoutées dans chacune des spécialités de la médecine. Wolters Kluwer et Elsevier sont les plus connus et les plus importants parmi les détenteurs de revues scientifiques : les trois grandes revues dans lesquelles Scott Reuben publiait ses fadaises sont ainsi des publications Wolters Kluwer (Anesthesiology et Anesthesia and Analgesia) et Elsevier (Journal of Clinical Anesthesia).

Que ces revues soient ou non les organes "officiels" de la société savante d'une spécialité a aussi son importance : le renom éditorial d'une revue en dépendra évidemment, les sociétés savantes étant censés réunir les meilleurs de la profession (donc les plus écoutés par les prescripteurs de médicaments).

Détenir ces revues, pour l'éditeur, c'est s'assurer une rente colossale, sûre et durable : l'industrie pharmaceutique a besoin de communiquer sur sa production de médicaments - au moyen d'articles, d'études, de compte-rendus de symposium... tous genres éditoriaux où, d'une manière ou d'une autre, les personnalités les plus avisées de la communauté médicale témoignent des succès de leurs médicaments.

L'industrie paye donc, et plutôt cher, pour qu'une étude, un article, un compte-rendu fasse connaître son produit auprès de la communauté médicale : les articles de la revue sont par la suite isolés en "tirés à part" et distribués par les visiteurs médicaux aux prescripteurs de la France entière.

S'il est vrai que l'industrie pharmaceutique rémunère aussi le médecin directement, pour qu'il participe à un congrès par exemple, s'il est vrai aussi que la diffusion en visite médicale, en France du moins, est extrêmement réglementée, le modèle économique de cette chaîne est très puissant. En son centre, il y a l'édition scientifique : parce qu'elle possède en son portefeuille la revue d'où sera extrait le tiré à part, elle fait payer aux labos cette publication. Bien plus cher qu'une simple page de pub.

Mais une autre donnée décisive participe du vice de ce fonctionnement éditorial et économique : la toute-puissance des bases de données scientifiques. PubMed est la plus importante : en gros, soit un médecin voit son article publié dans PubMed, soit il n'existe pas dans sa communauté. L'"impact factor", c'est-à-dire le nombre d'occurrences éditoriales relevées lorsque l'identité du scientifique auteur d'articles est saisi dans le moteur de recherches de PubMed, est un indice de la notoriété, la crédibilité et du prestige du scientifique. C'est le fameux "publish or perish", le "marche ou crève" de la carrière scientifique.

Ce système est vrai aussi pour d'autres domaines de la recherche que la médecine ; mais l'intrication extrêmement forte entre l'édition et le financement par l'industrie pharmaceutique, dans le cas de la médecine, est évidemment problématique. Cela s'appelle le conflit d'intérêts.

PubMed a tenté de résoudre le problème, en exigeant que toute publication, pour tout auteur et co-auteur d'un article qui prétend s'intégrer dans sa base de données, fasse l'objet d'une "déclaration de conflits d'intérêts" dûment signée par l'auteur et les co-auteurs. Les conférences et autres congrès rétribués par l'industrie doivent être déclarés.

A côté de PubMed et directement relié à elle, des portails d'édition scientifique - ScienceDirect en premier lieu - permettent aux professionnels (ou aux étudiants : l'accès au portail est vendu aux universités) d'accéder à toutes les ressources de l'édition scientifique. Les outils actuellement disponibles, développés à grands frais et particulièrement efficaces et performants, pour diffuser l'édition scientifique sont désormais le monopole des grands groupes d'édition.

On parle peu de ce rôle extrêmement important des prestataires éditoriaux dans le rôle de la médecine : ils sont les réels bénéficiaires de la rente de communication des laboratoires, qui ne peuvent communiquer sans la légitimité que procure une revue scientifique, et de la nécessité pour les médecins d'apposer leur signature dans une revue. Cette nécessité, rappelons-le, leur fait souvent préférer d'être publiés sans rémunération (pour les moins connus d'entre eux naturellement) à la seule fin d'être référencés dans PubMed. La base de données éditoriales est un élément essentiel de leur plan de carrière : l'industrie pharmaceutique n'est pas la seule à en profiter, l'éditeur y trouve très largement son compte. Le numérique a manifestement démultiplié ce fonctionnement économique.

Quelle "validation" ?

L'autre problème posé par le scandale Reuben est évidemment celui de la validation scientifique à l'oeuvre dans l'édition. Elle est double : le "service réglementaire" d'un laboratoire (le client, celui qui paye la publication) doit donner son bon à tirer, afin de s'assurer qu'aucun conflit d'intérêt, erreur ou omission pourraient constituer un prétexte pour que les autorités publiques censurent l'article ou encore interdisent la commercialisation d'un médicament, comme cela s'est vu. Un labo qui lance un médicament et voit celui-ci interdit perd des milliards de dollars, rien de moins. Le "service réglementaire" est donc extrêmement redouté de l'édition scientifique - du moins des services commerciaux de celle-ci - comme des chefs de gammes et de produits dans les labos - les commanditaires des articles scientifiques.

L'autre validation est celle des autorités publiques (Haute autorité de la Santé, Afsapps, etc.) Dans le cas de Reuben, le laboratoire n'a rien vu, ou rien dit... mais est-ce son rôle ? Ce sont les confrères qui ont alerté sur l'inexactitude des propos de Reuben - et pour cause, ils étaient fondés sur des études truquées.
La circulation des publications scientifiques est intense, et doit être rapide. La chaîne de validation, de relecture, qui doit aboutir au bon à tirer est déterminante ; mais elle est soumise à des impératifs de délais et de rentabilité très durs (le "tiré-à-part" doit être disponible pour les visiteurs avant telle date). L'éditeur n'a pas la compétence pour valider un contenu scientifique, seul un médecin - dans le laboratoire, dans la rédaction - peut le faire. Or d'une rédaction à l'autre tout est différent : tel rédacteur en chef relit la moindre ligne et réécrit tout l'article, tel autre donne son bon à tirer dans l'heure... l'important est que la revue ait quelque chose à proposer à son lectorat. Le nombre des articles est aussi important pour les rédactions.