Seul pendant huit mois sur un atoll polynésien, Matthieu Juncker a vu ce que les chiffres peinent à dire. Coraux morts, oiseaux en chute libre, rivages qui s’effacent. Le dérèglement climatique vu de près.
Pendant huit mois, le biologiste marin Matthieu Juncker a vécu seul sur un atoll polynésien, à plus de 6 000 km de tout, pour observer un écosystème en sursis. Pas un trip de survie, mais une immersion scientifique totale : produire de l’eau, pêcher, parcourir le lagon, inventorier oiseaux, rivages et récifs.
Résultat : des certitudes qui tombent et des constats glaçants. Il observe un crabe des cocotiers nager, retrouve un Titi bagué quinze ans plus tôt, alors qu’on le croyait condamné à cinq ans. Mais surtout, il assiste en direct à l’effondrement du vivant. Le Titi, oiseau endémique, passe de 185 individus à 65 en vingt ans. Et à mi-expédition, l’eau dépasse 30 °C : « En quelques semaines, j’ai vu près de 30 % des coraux disparaître ». Une canicule marine ravage le récif, fragilise les îlots, menace oiseaux et tortues. Sans pathos, Juncker le dit clairement : ces îles peuvent tenir si on agit, localement et globalement. Sinon, ce qui arrive maintenant là-bas arrivera chez nous bientôt.