Chez Arte, la traduction automatique par IA ne passe pas (enfin si, elle passe justement et ça craint)  - Arte Conditions de travail Emploi IA Informatique Intelligence artificielle Langue Française Langues Linguisme Littérature Mots Syndicats Technologie Traduction Travail
| 25/03/2026

Chez Arte, la traduction automatique par IA ne passe pas (enfin si, elle passe justement et ça craint)

Image d’illustration © zaini_666 | Unsplash | Unsplash

Chez Arte, l’IA ne vient plus « aider » les traducteurs : elle redéfinit tout le travail. À la clé, des revenus en chute libre, une qualité contestée et un métier réduit à corriger des phrases pondues par machine.

Voir l’article (payant) sur Mediapart ↗.

Chez Arte, la traduction des sous-titres bascule à grande vitesse vers l’IA. La chaîne franco-allemande, qui sous-titre ses programmes en sept langues, prévoit qu’à la fin de 2026, 50 % de son catalogue passera par ce modèle. En clair, les traducteurs ne traduisent plus vraiment : ils « post-éditent » des textes générés par la machine. Et c’est le piège : ce boulot demande, selon eux, à peu près autant de temps qu’une vraie traduction, mais il est payé deux fois moins. Bizarre.

Mediapart raconte (un peu) l’histoire d’une innovation mais aussi (et surtout) une casse sociale bien emballée. Là où une minute de sous-titrage classique rapportait 4 à 5 euros au traducteur, la « post-édition » tombe à 2 à 2,5 euros. Résultat : sur un an, les revenus moyens du collectif concerné seraient passés de 5 300 à 3 100 euros pour six mois de travail. -40 %, une broutille.

Chez Arte, la « bascule vers l’IA » serait « inéluctable » pour les programmes « serviciels » et « factuels ». Chez Transperfect, on va encore plus loin : la traduction humaine pourrait « disparaître à 95 % » d’ici quelques années. Ambiance.

Les traductrices et traducteurs dénoncent aussi une baisse de qualité. L’IA lisse tout, uniformise, rate les nuances, mélange les registres, confond tutoiement et vouvoiement, oublie le rythme de la langue. Or le sous-titre n’est pas une simple retranscription : il faut couper, condenser, faire respirer le texte. Bref, écrire, pas juste transvaser ou calculer une chaîne de mots.

Mediapart montre aussi une contradiction plus large : au nom de l’innovation, des financements européens encouragent l’usage de l’IA, tout en prétendant défendre créativité, éthique et bonnes conditions de travail. Sauf que, sur le terrain, les pros voient surtout un métier précarisé et encore un peu plus pressuré. Malgré tout, certains gardent un optimisme prudent : les limites de l’IA deviennent plus visibles, et la langue, manifestement, résiste encore.

Dis, Chatty, « pour toi, les mots ont un sens » ? « Bof… ils ont surtout un prix, de combien de tokens as-tu besoin ? À ton service cher client. »

Arte : bientôt des sous-titres sans sous et sans titre. Et sans sens.

Un autre bon article (gratuit sous réserve d’inscription) sur l’huma : « LFI » devient « Et les filles » : que se passe-t-il avec les sous-titres sur Franceinfo ?

Lire aussi : « Mais que craignent ces milliardaires de la tech qui se font construire des bunkers ultra‑sécurisés ? »

Cet article est publié sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0. Détails ici.
Exemple de crédit à insérer sous la republication (prêt à copier/coller) :
Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

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