Depuis 2015, le réchauffement climatique accélère nettement. C’est la claque que nous met une étude publiée le 6 mars 2026 dans Geophysical Research Letters.
La conclusion des chercheurs Stefan Rahmstorf et Grant Foster est sans ambiguïté : depuis 2015, la planète se réchauffe bien plus vite qu’avant. Sur les dix dernières années, le rythme du réchauffement atteint environ 0,35 °C par décennie, contre un peu moins de 0,2 °C par décennie entre 1970 et 2015. La pente se raidit. Et ce rythme est le plus élevé observé depuis le début des relevés en 1880. (pik-potsdam.de)
Les chercheurs ne se sont pas contentés de regarder la courbe brute. Ils ont aussi retiré une partie du « bruit » naturel qui peut brouiller le signal climatique : El Niño, éruptions volcaniques et cycles solaires. Pour ça, ils ont croisé cinq grands jeux de données : NASA, NOAA, HadCRUT, Berkeley Earth et ERA5. Résultat : même en nettoyant ces variations naturelles, l’accélération reste là. Avec une certitude statistique supérieure à 98 %.
On appelait ça un réchauffement. C’était juste un préchauffage.
Si le rythme observé depuis dix ans continue, le seuil de 1,5 °C de l’Accord de Paris sera dépassé durablement entre 2026 et 2030. Ce constat colle avec ce qu’on voit déjà dans les bilans annuels. NOAA classe 2025 comme la troisième année la plus chaude jamais mesurée, derrière 2024 et 2023 ; elle précise aussi que les dix années les plus chaudes de toute sa série sont toutes postérieures à 2015. Berkeley Earth arrive au même top 3. NASA, elle, place toujours 2024 en tête et juge 2025 et 2023 pratiquement à égalité, dans la marge d’erreur.
Bref. Quel que soit le tableau, le verdict est le même : la chaleur s’installe, les records s’empilent et la machine s’emballe.
Les réserves
L’étude, menée par deux chercheurs reconnus – dont les travaux antérieurs ne traduisent aucune posture alarmiste, bien au contraire (researchgate.net, doaj.org, pik-potsdam.de) – est jugée sérieuse et n’a pas suscité de contestation de fond. Des réserves subsistent toutefois sur la manière d’isoler le signal du réchauffement. Le climatologue Zeke Hausfather souligne ainsi l’existence d’un large consensus sur son accélération récente, tout en estimant que les méthodes utilisées pour corriger les variations naturelles pourraient rester imparfaites – une réserve formulée sans examen approfondi des données.
Le climat ne nous laisse plus le luxe de traîner
À partir de l’étude de Rahmstorf et Foster, on peut faire une extrapolation illustrative (non issue d’une étude scientifique, juste du bon sens internationalement reconnu de LMOUS ^^) : si le rythme de 0,35 °C par décennie se maintient, le réchauffement global atteindrait de l’ordre de 2,3 °C vers 2050 et de 4 °C vers 2100. Si l’accélération se poursuit : on pourrait atteindre les +3°C en 2050 et +6 °C vers 2100.
Parce qu’aucun jeu de données n’est parfait : les zones polaires sont mal couvertes, les océans se mesurent autrement que les continents, et chaque équipe applique ses propres corrections et méthodes de reconstitution. Quand NASA, NOAA, HadCRUT, Berkeley Earth et ERA5 racontent tous la même histoire malgré leurs différences de méthode, ça renforce la solidité du constat : le réchauffement est bien réel, massif, et son accélération récente ne dépend pas d’un seul labo ni d’un seul thermomètre.
NASA (giss.nasa.gov)
La série GISTEMP de la NASA mesure l’évolution de la température de surface globale. Elle combine les données des stations météo terrestres issues de NOAA GHCN v4 et les températures de surface de la mer issues de ERSST v5. La NASA agrège, corrige et analyse des observations existantes pour produire une série mondiale cohérente
NOAA (ncei.noaa.gov)
La National Oceanic and Atmospheric Administration (NOAA) produit sa propre série mondiale, appelée NOAAGlobalTemp, qui combine les températures de l’air au-dessus des terres et les températures de surface des océans. La version actuelle s’appuie notamment sur ERSST v6, GHCNm v4, ainsi que sur d’autres jeux de données océaniques comme ICOADS et IABP. Sa particularité est l’usage d’une méthode fondée sur un réseau de neurones artificiels pour améliorer la reconstitution des températures sur les zones terrestres mal couvertes.
HadCRUT (metoffice.gov.uk)
HadCRUT5 est la grande série britannique produite par le Met Office Hadley Centre et la Climatic Research Unit de l’université d’East Anglia. Elle mélange CRUTEM5 pour les températures de l’air sur les terres et HadSST4 pour les températures de surface de la mer. Le jeu de données existe en version “brute” sur grille incomplète, mais aussi en version étendue par méthode statistique pour mieux couvrir les zones où les observations sont rares.
Berkeley Earth (berkeleyearth.org)
Berkeley Earth est un groupe de recherche indépendant qui produit lui aussi une série mondiale de température. Pour son estimation globale, il combine ses propres données terrestres avec une version modifiée du jeu de données océanique HadSST. Son approche met l’accent sur la transparence, la mise à disposition des données et la correction des biais liés aux stations, par exemple lorsqu’un capteur change ou qu’une station est déplacée.
ERA5 (ecmwf.int)
ERA5 est un peu différent des autres : ce n’est pas seulement une compilation d’observations, c’est une réanalyse climatique produite par ECMWF dans le cadre du service Copernicus. Une réanalyse combine des observations réelles avec un modèle physique pour reconstituer l’état du climat sur toute la planète, heure par heure. ERA5 fournit ainsi une description cohérente de l’atmosphère, des surfaces continentales et des vagues océaniques sur une très longue période.
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