Pérou : les pesticides classés « non cancérogènes » multiplient le risque de cancer par 2,5  - ADN Agriculture Cancer Découverte scientifique Écologie Effet cocktail des pesticides Environnement Insecticides Maladie Pérou Pesticides Pollution Recherche scientifique Santé Santé publique Science Sciences
| 02/04/2026

Pérou : les pesticides classés « non cancérogènes » multiplient le risque de cancer par 2,5

Image d’illustration © anniespratt | Unsplash | Unsplash

Une très belle étude scientifique menée au Pérou suggère que même des pesticides classés « non cancérogènes » sont associés à une forte hausse du risque de cancer. Avec quelques biais, évidemment.

Le Pérou, pas le paradis.

L’étude publiée dans Nature a été racontée par les rapporteurs de Reporterre. Elle repose sur deux volets : une cartographie de l’exposition aux pesticides sur la période 2014-2019, et l’analyse de 158 072 cas de cancers recensés entre 2007 et 2020.

Les chercheurs ont pris en compte 31 pesticides couramment utilisés, non classés comme cancérogènes. Ils ont utilisé des modèles prenant en compte les effets croisés de toutes ces molécules, le fameux « effet cocktail ».

Non cancérogènes, vraiment ?

En croisant tout ça, les chercheurs ont repéré 436 zones chaudes (à fortes concentrations de pesticides) où le risque grimpe en moyenne de 150 % : c’est-à-dire qu’on y a 2,5 fois plus de risque qu’ailleurs de contracter un cancer !

Une analyse complémentaire suggère que ces produits n’attaquent pas forcément les cellules de front, mais commencent par dérégler le fonctionnement des cellules du foie, les rendant plus vulnérables à d’autres facteurs. L’étude pointe aussi une injustice sociale étonnante (« Mais qui aurait pu prédire ? ») : les zones chaudes touchent surtout des territoires ruraux, autochtones et mal desservis par le système de santé.

Le mot du jour : exposome.

L’exposome désigne l’ensemble des expositions non génétiques (environnementales, biologiques, sociales ou comportementales) auxquelles une personne est soumise tout au long de sa vie et qui peuvent influencer sa santé.

Et donc, le biais de cette étude ?

Oui, parce qu’il faut toujours un biais, sinon ça ne serait pas drôle. Le principal biais est le suivant : l’étude porte sur 31 pesticides non classés comme cancérogènes, mais elle ne permet pas d’exclure totalement l’effet d’autres substances présentes dans l’environnement. Autrement dit, le signal observé pourrait être dû, au moins en partie, à d’autres pesticides non inclus dans l’analyse, y compris à des molécules, elles, déjà classées comme cancérogènes.

Mon humble avis : pour avoir déjà analysé ce genre d’études, dans les zones agricoles, les concentrations de différents pesticides ont souvent tendance à varier ensemble. Si l’on étudie la concentration d’un seul pesticide, il y a de fortes chances que celles des autres suivent la même tendance. Et donc ce biais est tout de même limité.

Et donc : en attendant des actions politiques, nos connaissances s’améliorent, c’est toujours ça de pris !

Cet article est publié sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0. Détails ici.
Exemple de crédit à insérer sous la republication (prêt à copier/coller) :
Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

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