Crise de conscience à la Haute Autorité de Santé : mieux vaut tard que jamais ?  - Alzheimer Formindep Gouvernement Haute Autorité de Santé (HAS) Maladie Médecine Médicaments Santé Santé publique Science Sciences Sécurité Sociale Statines
| 28/04/2026

Crise de conscience à la Haute Autorité de Santé : mieux vaut tard que jamais ?

Image d’illustration © oskaycaglar | Unsplash | Unsplash

L’alerte est passée presque inaperçue. Le 13 avril 2026, la Haute Autorité de Santé (HAS) a publié une lettre ouverte pour dénoncer des pressions « orchestrées par certains industriels » sur ses évaluations en cours. Des pratiques jugées « inacceptables ».

HAS : Haute Autorité de Santé, institution publique « indépendante » à caractère scientifique. Ses missions principales : évaluer médicaments et actes professionnels en vue de leur remboursement par la Sécu, élaborer des recommandations de santé publique, mesurer et améliorer la qualité des soins dans les établissements de santé.

La HAS ne cite aucun cas précis. Mais cette alerte est une première. Et elle est appuyée.

« Depuis quelques mois, […] certains acteurs cherchent à exercer des pressions notamment sur des dossiers en cours d’évaluation en imposant un récit fondé sur l’émotion plutôt que sur les preuves. Pour cela, ils n’hésitent pas à instrumentaliser la voix des familles bouleversées et des patients en détresse avec l’appui de professionnels de santé parfois aux frontières – voire au-delà – du conflit d’intérêts. Ces pressions prennent des formes multiples, directes ou indirectes, via les médias, des relais d’opinion voire auprès de l’exécutif, ou par la menace de retrait de médicaments du marché. Ces dérives, isolées, mais désormais répétées sont inacceptables. Certains laboratoires pensent pouvoir transformer l’impatience légitime en pression. »

Et la HAS en connaît un rayon en matière de conflits d’intérêts.

En 2011, à peine nommé à sa tête, le Pr Jean-Luc Harousseau dépose une déclaration d’intérêts vierge. Avant de reconnaître, un peu plus tard, près de 10 millions d’euros de liens avec l’industrie pharmaceutique, pour lui-même et les structures qu’il dirigeait. Un oubli, sans doute. Ça arrive, on ne va pas chipoter pour 10 millions. La même année, le Conseil d’État annule des recommandations sur le diabète pour cause de conflits d’intérêts majeurs non gérés : des présidents de groupes de travail étroitement liés à l’industrie, sans que cela n’ait été correctement déclaré ni pris en compte.

Big Pharma, small scrupules

En 2018, rebelote : l’association Formindep révèle que 6 des 9 experts ayant rédigé les recommandations sur les dyslipidémies entretenaient des liens financiers non déclarés avec des fabricants de statines. Cette fois, la HAS préfère prendre les devants et abroge elle-même ses recommandations.

Des oublis en pagaille

Et puis il y a le dossier « Alzheimer ». Pendant des années, des critiques (Formindep et Anticor notamment) pointent les liens entre experts et laboratoires impliqués (Eisai, Novartis, Janssen-Cilag, Lundbeck…). En mai 2011, la HAS retire finalement sa recommandation, avant d’en suspendre six autres dans la foulée pour des failles similaires. Quelques années plus tard, en 2016, elle revoit son jugement : l’efficacité des traitements anti-Alzheimer serait « au mieux modeste », avec des effets indésirables parfois (très) sérieux. Résultat : déremboursement au 1er août 2018. Après des années de prescription. Mieux vaut tard que jamais… sauf pour ceux qui en ont souffert.

HAS been ?

La liste précédente n’est malheureusement pas du tout exhaustive… Alors oui, pour que la HAS sorte de sa réserve et publie une telle tribune, c’est que quelque chose coince sérieusement. Reste à savoir quoi, exactement : un sursaut sincère… ou un exercice de communication calculé. Dans les deux cas, son cri d’alarme mérite sans doute un peu plus d’attention que l’indifférence polie qui l’entoure aujourd’hui.

À l’heure où « les nouveaux médocs (à plusieurs millions d’euros) mettent en péril l’accès aux soins », le sujet s’imposait !

Sources secondaires en vrac (pas trop le temps de faire mieux, désolé) :

Cet article est publié sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0. Détails ici.
Exemple de crédit à insérer sous la republication (prêt à copier/coller) :
Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

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