« Qu’importe la hauteur du saut (pourvu que le parachute s’ouvre) » est un roman publié en 2015, puis dépublié, puis republié, ici, juste pour vous.
Les épisodes précédents :
• Qu’importe la hauteur du saut (pourvu que le parachute s’ouvre) – Chapitres 1-2/31
• Qu’importe la hauteur du saut (pourvu que le parachute s’ouvre) – Chapitres 3-4/31
Emporté par une vague.
Flagellé par le temps.
Aspiré par le fond de son lit.
De la naissance à la mort, nous nous agitons.
Pour qui ? Pour quoi ?
Tu m’avais laissé entrevoir le début d’une réponse,
mais nous avons bifurqué.
La faute à la vie.
À ces maudits gamètes qui ont oublié
d’apprendre à nager.
Mardi 16 mai.
Ce matin-là, son équipe ayant un correctif à déployer en urgence, Yohann s’était exceptionnellement mis en route aux aurores. Il travaillait depuis quatre heures et son estomac le tiraillait. Avec ses collègues, sauf Charlène qui s’était armée d’un casse-croûte frugal, ils étaient convenus de faire une descente à la boulangerie du coin aux alentours de 13 h. Encore une heure à tenir. Yohann décida de se payer un café.
Ding ! Les portes de l’ascenseur s’ouvrirent sur une énigmatique femme blonde tirée à quatre épingles. Elle se tenait prostrée, dans le coin, tout au fond, recroquevillée sur elle-même, comme si elle cherchait à se rendre invisible.
Chaussée de mocassins brillants à chaînette, elle arborait une jupe plissée lui couvrant les genoux et une veste de tweed ornée d’une fleur dorée montée en broche. Un carré Hermès noué à la versaillaise lui dissimulait le cou. Sa chevelure lissée tendue vers l’arrière était maintenue par un chignon soigné. Les muscles de son visage sautaient constamment de façon erratique. Elle trépignait d’impatience, et de peur. Les pieds cloués au sol, les bras accolés aux flancs, les mains crispées sur son sac à main de marque, à hauteur de nombril, chaque cellule de son corps semblait vibrer d’inquiétude.
— Tout va bien, madame ? s’enquit Yohann.
La femme répondit par une mimique renfrognée. Yohann cogita quelques secondes en l’observant du coin de l’œil.
— Madame Jaret ?
Christine leva le nez. Dans le mille ! Elle parut agréablement surprise, l’espace d’un instant, mais ses yeux regagnèrent aussitôt leur angoissante verticalité.
— Enchanté, glissa Yohann, qui ne récolta qu’un hochement de tête assorti d’un sourire nerveux. Vous ne deviez pas manger avec votre mari ce midi ? hasarda-t-il.
— Si, si, murmura-t-elle en remontant ses lunettes.
— Et donc j’en conclus que c’est annulé.
— Hmm hmm.
Elle tremblait. Son cœur battait la chamade. Un silence gêné s’ensuivit jusqu’à ce que la cloche de l’ascenseur leur signale qu’ils avaient atteint le rez-de-chaussée. La porte à peine ouverte, elle se rua vers la sortie. Yohann lui emboîta le pas.
— Madame…
Elle ne s’arrêta pas.
— Madame…
Christine continuait de marcher, de plus en plus vite. Elle fuyait. Yohann la suivait.
— Madame Jaret…
Elle accéléra encore, mais il la stoppa net, manquant de peu de lui arracher le bras.
— Aïe ! gémit-elle d’un cri étouffé.
Affolée. Yohann desserra son emprise.
— Pardonnez-moi, madame, mais cette porte… ne s’ouvre pas, dit-il en montrant la paroi de verre se dressant à une trentaine de centimètres de son visage.
Christine Jaret se figea en réalisant qu’elle avait failli s’aplatir le minois. Sa respiration s’arrêta. Ses yeux clignotèrent au ralenti, éblouis d’incrédulité. Le temps fit une pause. Est-ce possible ?
Elle paraissait égarée, comme au réveil d’un mauvais rêve. Ses oreilles bourdonnaient, ses mains fourmillaient, son cœur résonnait tranquillement dans son corps engourdi, qui semblait reprendre vie après une longue interruption.
— Ça arrive souvent, vous savez, surtout quand ils viennent de nettoyer les vitres. On ne les voit plus et on s’écrase dessus.
C’est alors qu’un grand bruit sourd retentit dans le hall. Le brouhaha des bavardages s’évanouit instantanément et tout le monde s’orienta vers la baie vitrée, sur laquelle une auréole de fluide jaunâtre commençait à couler.
— Voilà, comme ça.
Un pigeon venait de s’assommer contre le verre. Le pauvre volatile gisait inanimé sur le parvis extérieur. Il lui fallut un moment pour s’extirper de son coma et se remettre à battre des ailes. Il voleta en zigzag et se posa en catastrophe cinq mètres plus loin, puis se renvola pour disparaître. Christine esquissa un sourire incertain, ses yeux continuant de vaguer dans son insondable univers parallèle.
— Excusez-moi de vous avoir fait mal.
Christine recouvrait ses esprits. L’accès de panique qu’elle venait de subir l’avait tout à coup abandonnée. C’était la première fois que les choses se déroulaient ainsi malgré des crises quasi quotidiennes. En général, le malaise se dissipait lentement, très lentement, et ne disparaissait totalement que lorsqu’elle se retrouvait seule, isolée, au calme. En sécurité. Cela pouvait prendre des heures. Mais cette fois-ci, un éclair de bien-être s’était abattu sur elle en une fraction de seconde.
Elle sentit une douce chaleur rayonner dans son corps, et lorsque cette vague apaisante atteignit le cerveau, son esprit se libéra de ses pensées parasites, clair comme le cristal. Son ouïe acquit une finesse inhabituelle, presque irréelle. Elle éprouvait cette délicieuse sensation d’habiter pleinement son être. Ses épaules se déplièrent, son torse se gonfla, ses muscles faciaux se détendirent. Elle redressa la tête et observa autour d’elle. Une luminosité enchanteresse inondait le hall. C’est donc cela, la vie ?
Yohann ne représentait plus un danger. Sa main, qui lui parut si menaçante, lui apportait à présent du réconfort. Il la laissa glisser jusqu’à son coude. Christine pivota au ralenti, un sourire subtil illuminait son visage.
— Merci, dit-elle en lui couvrant sa main de la sienne.
L’étonnement de Yohann grimpa d’un cran.
— Pardonnez-moi, vous souhaitiez me dire quelque chose ? continua-t-elle.
Yohann inspira profondément pour se remettre les idées en place. Elle le questionna du regard.
— Puis-je vous inviter à boire un verre ?
Etonnée.
— Un café ou un thé, se reprit-il.
Plutôt intéressée.
Ses yeux dérivèrent. Yohann eut cette curieuse impression qu’elle transposait la question à son corps. Il s’empressa de conclure en l’invitant à le suivre.
— Par ici, ça sera mieux, dit-il en indiquant la porte à tambour.
Ils s’arrêtèrent devant la quatrième brasserie rencontrée. La plus chic et, surtout, la plus éloignée de KeOps. Christine commanda un thé noir à la bergamote, Yohann un café. Il engagea la discussion par des banalités. Christine ne se montrait guère loquace, jusqu’à ce que Yohann la questionnât sur ses activités. Elle entama alors un long monologue sur son association à but non lucratif, « Mémoire et patrimoine neuilléens », dont elle était présidente. Avec fougue, elle raconta ses démarches auprès des administrations et des familles locales pour dénicher des témoignages et des pièces d’histoire oubliés en rapport avec sa ville de Neuilly-sur-Seine. « Des tableaux de Pierre Puvis de Chavannes, d’Henri Gervex, mais surtout des manuscrits inédits d’Antoine-Augustin Parmentier, et des photos parmi les plus anciennes des frères De Jongh et de Louis Fréon » débusqués dans des vide-greniers ou lors de travaux de réfection de vieilles bâtisses. Elle exhiba même un catalogue listant les découvertes réalisées par son entremise. De son discours émanait une grande fierté. Sourcils dressés, Yohann détaillait le visage de Christine avec stupéfaction. Lorsqu’il la vit lever les yeux, il fit mine d’être impressionné, ce qui l’incita à continuer.
Christine se passionnait pour son récit. Elle enchaîna plusieurs anecdotes tout en sirotant son thé le petit doigt en l’air. Le temps passant, Yohann lui proposa de manger un morceau. Absorbée par la conversation, elle accepta d’un simple mouvement de tête. Ils commandèrent dans la foulée.
Alors qu’ils étaient sur le point de finir leur assiette, Christine cessa de parler. Elle parut gamberger. Surpris, Yohann dut réfléchir en urgence à une façon convenable d’enchaîner. Il redressa la tête pour raviver la discussion mais elle le devança d’une courte respiration :
— Je n’ai que trop parlé. Et vous, comme cela, vous travaillez chez KeOps ? demanda-t-elle avec un sourire tendu.
— Oui. Je… Vous avez peut-être remarqué un bouton plus usé que les autres, dans l’ascenseur ?
— Hmm, ma foi, non.
— Le numéro sept. Les informaticiens ont cette mauvaise habitude de double-cliquer un peu partout.
Elle éclata de rire.
— Je suis informaticien, au septième étage, donc je ne travaille pas du tout avec votre mari, au cas où vous vous poseriez la question.
Soulagée, elle demeurait tout de même intriguée.
— KeOps est une grande société, on bénéficie de bons avantages. L’ambiance n’est pas géniale mais mon équipe est assez sympa. Et puis…
— Mais comment saviez-vous que je devais déjeuner avec mon mari ? l’interrompit-elle.
— Je ne le savais pas, répondit-il à brûle-pourpoint. J’avais juste envie de discuter avec vous.
Christine se raidit.
— Vous regrettez ? glissa-t-il sournoisement.
— Non, non, oh, non.
Le serveur vint débarrasser la table. Ils commandèrent un thé et un café. Christine observait Yohann, en secret, dès qu’elle le pouvait. Il s’en était rendu compte et jouait le jeu.
— Est-ce une habitude, chez vous, de convier des inconnues à déjeuner ?
— Convier des… Ça ne m’était plus arrivé depuis une dizaine d’années. Il faut dire que passé la trentaine, les succès se font rares. Je me suis lassé.
Elle rit.
— Dommage pour elles !
Yohann écarquilla les yeux, interloqué par cette saillie impromptue. Christine se mordilla les lèvres.
— Je prends ça pour un compliment, dit-il en rigolant.
Le serveur apporta les deux tasses. Silence.
— Vous avez des enfants ? bredouilla-t-elle pour couper court à l’imbroglio.
La gêne changea subitement de camp. Yohann avala sa salive et se racla la gorge.
— Excusez-moi, ça ne me concerne pas.
— Non, non. Non, je n’ai pas d’enfant…
— Quel âge avez-vous ?
— Quarante ans, mais…
— Vous avez encore le temps.
Il objecta de la tête.
— Je suis stérile.
Le visage de Christine se couvrit de honte. Yohann se redressa et haussa les épaules.
— Je suis désolée. Je vous prie…
— Je le sais depuis toujours, je vis avec.
— Désolée, je ne voulais pas…
— Tout va bien, ne vous inquiétez pas. Je ne suis pas seul au monde dans ce cas.
Nouveau silence.
— Des millions de spermatozoïdes et pas un seul qui trouve la sortie ! Si c’est pas malheureux…
Christine sourit, en se contenant.
— C’est ça, de ne jamais vouloir demander son chemin !
Elle éclata de nouveau.
S’appliquant du mieux qu’il le pouvait à la divertir, Yohann multiplia les drôleries insipides. Cela fonctionnait. Christine riait à gorge déployée. Lui qui considérait les formules de politesse, gentilhommeries et autres sourires nigauds comme des fadaises improductives, passa deux heures à les distiller sans sourciller. Au summum du mauvais goût, il se surprit même à châtier son langage, un peu. Mais qu’est-ce que je fous là ? se demanda-t-il à plusieurs reprises. Une étrange intuition l’incitait néanmoins à poursuivre son numéro.
— 14 h 15, il va falloir que j’y retourne, annonça-t-il après avoir glissé des tickets restaurant sur la coupelle que venait de déposer le serveur.
Christine le dévisagea, une larme de mélancolie coincée au fond de l’œil. Yohann griffonna son numéro de téléphone sur un bout de serviette en papier et le lui tendit.
Sur le trottoir, ils se regardèrent à nouveau.
— Au revoir.
— Au revoir…
Il s’éloigna. Elle l’observa.
— À bientôt, murmura-t-elle, pensive, mais peu sûre d’elle.
À cet instant, il fit demi-tour. Elle se détourna. Il n’a pas pu entendre, c’est impossible ! Elle fit semblant de farfouiller dans son sac à main. Il s’approcha tout près.
— Au fait, je m’appelle Yohann. Yohann Brakash.
Christine devint écarlate, décontenancée d’avoir pu passer deux heures avec un homme sans connaître son nom. Et sans chercher à le connaître. Ils se sourirent mutuellement et se séparèrent à nouveau.
Il était 14 h 30 quand Yohann raviva son ordinateur. Il encaissa d’abord une méchante soufflante de la part de Bertrand, qui lui reprocha son retour tardif. Puis une avoinée fournie de la part d’Olivia qui n’avait pas apprécié qu’il fasse bande à part sans prévenir personne. Il lui fallut un certain temps pour cesser de ressasser cette inexplicable aventure et se remettre au travail.
Rentré chez lui, le soir, il posa son téléphone sur un meuble fourre-tout trônant à la sortie du petit couloir reliant la porte d’entrée à la pièce principale. Il jeta sa veste sur un des deux tabourets accolés au bar délimitant le coin cuisine. Après s’être emparé d’une bière dans le réfrigérateur, dont la porte du freezer était égayée d’une signalétique auto « Bébé à bord », il remarqua le clignotement de son téléphone lui signalant l’arrivée d’un nouveau message. « Merci encore pour cet agréable moment. Christine ». Heure de réception : 18 h 34. Il était alors dans le métro, bien calé contre la paroi d’un strapontin replié, toisant avec un certain amusement les passagers serrés comme des sardines et ballottés comme des culbutos. Un costume-cravate nerveux gigotait sur place en écrasant les pieds de ses congénères, ce qui déclencha une violente rixe verbale dans le compartiment, au grand plaisir de Yohann qui n’en demandait pas tant.
Il se laissa choir dans le canapé, téléphone en main, et enregistra le numéro en mémoire avec comme simple libellé « Christine ». Il n’en connaissait pas d’autres.
Ignorance est mère de tous les maux.
François Rabelais
Jeudi 18 mai.
Sur le coup de midi, après avoir recueilli deux témoignages dans le cadre d’une enquête en cours, Marion regagna son bureau, boulevard de Bonne-Nouvelle. Un comble, pour une agence de presse qui avait bâti sa réputation en révélant moult scandales. Quinze ans plus tôt, il ne s’agissait encore que d’un repaire de journalistes paumés n’ayant rien trouvé de mieux que de monter leur propre boîte pour échapper aux affres de rédacteurs en chef surcaféinés. À cette époque, l’agence s’appelait Les canardeurs. Ils étaient une demi-douzaine d’idéalistes à y bricoler. Rémunérés à la pige, en fonction des revenus tirés de leurs articles, cela ne coûtait quasiment rien en frais de fonctionnement. Au fil du temps, certains partirent, d’autres arrivèrent.
Dix ans plus tard, seuls deux irréductibles farfelus continuaient l’aventure. C’est alors que débarqua Nicolas Maréchal, un rédacteur en chef récemment viré d’une grande chaîne de télévision. Officiellement, il avait choisi de prendre sa retraite. En vrai, sa hiérarchie ayant refusé de diffuser une série de trois documentaires chauds bouillants sur le fonctionnement occulte de la Commission européenne, il préféra quitter ses fonctions. Les sujets en question n’avaient jamais pu voir le jour mais il décida de relater l’histoire de son enquête sur le blog des canardeurs, créant un énorme scandale. Pendant deux mois, l’agence fut sous le feu des projecteurs. Nicolas profita de l’occasion pour la renommer Le Trait d’Union. Deux autres journalistes, dont plusieurs articles furent aussi recalés par leurs boss respectifs, vinrent prendre part à l’aventure. Les sujets commencèrent à se vendre et l’agence acquit en très peu de temps une solide réputation.
Marion connaissait Nicolas Maréchal pour s’être formée au métier sous ses ordres, treize ans plus tôt. Le rejoindre dans son équipée lui parut naturel, et même plutôt excitant. Depuis, Le Trait d’Union multipliait les éclats. Deux canardeurs — le sobriquet persistait — étaient affectés à la rubrique « banalités » : des sujets d’actualité sans grand intérêt, mais retravaillés de façon originale, voire satirique. Et trois autres enquêtaient. L’agence avait réussi à vendre ses abonnements à la plupart des organes de presse nationaux. Elle était bénéficiaire depuis bien longtemps et aurait même pu embaucher deux journalistes supplémentaires. Mais l’argent était sagement mis de côté en prévision des périodes difficiles qu’ils pourraient être amenés à traverser.
Marion entra dans la petite pièce qui lui servait de bureau, posa sa sacoche d’ordinateur et son sac à main, ôta sa longue veste noire et son foulard, entrouvrit la fenêtre, encadrée par deux armoires métalliques, et glissa dans son fauteuil, la tête calée contre le haut du dossier, paupières closes. A l’aveugle, elle enleva ses spartiates, posa ses pieds nus sur la douce moquette grise et huma les rémanences d’encens tibétain brûlé la veille. Sur sa rudimentaire table de travail en bois, un téléphone fixe clignotait. Les cloisons étaient ornées d’une vingtaine de calligraphies, de tous les continents et de toutes les époques.
Que pouvais-je bien faire ? Je voulais un enfant, mon corps me le réclamait. Tous les jours, toutes les heures, toutes les minutes, un cratère se creusait dans mon ventre. Il m’aurait engloutie tout entière et tu ne pouvais rien pour m’aider. Je t’ai abandonné, je le sais bien. Je suis désolée. Ne m’en veux pas, s’il te plaît.
Elle rouvrit les paupières et s’étira le cou, épousseta son pull de laine rayé rouge et blanc, puis alluma sa lampe de bureau et déballa son ordinateur.
Deux coups brefs, la porte s’entrouvrit. Nicolas Maréchal faufila la tête.
— Entre, lui dit Marion.
— Ça va ?
— Bien. Je rédige l’article aujourd’hui, je le peaufine demain matin et je te l’envoie à midi pour que tu rajoutes tes jeux de mots à deux balles.
— Ce sera juteux ?
— Bof.
— Publiable, au moins ?
— Ça fera réagir, guère plus.
Nicolas hocha la tête, pensif. Se mordillant les ongles :
— Dis, il faut que tu saches que nous avons encore reçu des menaces de mort, la semaine dernière, je ne voulais pas t’en parler mais…
— En rapport avec l’affaire des banksters ?
— Oui. Ça n’a pas l’air très méchant mais notre avocat m’a quand même convaincu de t’en toucher deux mots.
— Combien de fautes d’orthographe, cette fois-ci ?
— Aucune, c’est ça le problème.
Marion se fendit d’une moue interrogative. Nicolas haussa les épaules.
— On a porté plainte ce matin, au cas où.
— D’accord, mais on en reçoit toutes les semaines, il y a quelque chose de particulier cette fois-ci ?
— Non… enfin, bref, ça commence à me courir sur le haricot !
Marion rigola en voyant le visage de son chef se déformer de désolation.
Des menaces, quelle importance ? Ils en recevaient par wagons entiers. Nicolas avait même créé une rubrique spéciale, « L’écho des corbeaux », dans laquelle ils en publiaient toutes les semaines une sélection truculente.