On ne s’ennuie pas, dans les gendarmeries et les commissariats français cet été… avec une certaine idée du « sens de la fête ».
Le vendredi 3 juillet, après un joyeux apéro entre collègues près de Lyon, un commandant de CRS a explosé sa voiture de fonction. Pneu désintégré, jante HS, bas de caisse en piteux état. Plutôt que d’appeler la maréchaussée, il a fait rapatrier l’épave en douce par ses hommes, puis l’a planquée derrière des palettes en bois sur un parking d’hôtel. Circulez, il n’y a rien à voir… (lecanardenchaine.fr)
À Saint-Louis (Haut-Rhin), le 26 juin, le chef de commissariat a offert une visite très spéciale à une personne très spéciale, l’actrice porno Lara CumKitten : bureau, voiture de service et armes au poing. Fier comme un coq, le poulet a publié les photos sur Instagram, avec mention spéciale pour l’enlacement romantique sous le portrait officiel d’Emmanuel Macron. Avec cette légende : « Qui a dit qu’on ne faisait pas de rencontre intéressante dans la police… ? » L’actrice a aussi partagé des clichés d’elle en uniforme au volant d’une voiture de service, avec un LBD et un HK UMP9, avec ce commentaire : « un stage très intéressant ». La DGPN a ouvert une enquête administrative pour manquements déontologiques. Manquements quoi ? (lecanardenchaine.fr)
NTM en PLS (#MaisQuEstCeQuonAttendPourFoutreLeFeu ↗)
Au commissariat de Saint-Denis (9-3), le pot de départ s’est achevé dans une débauche de feu et de fureur. Fin juillet, l’alcool aidant, des policiers de la BAC ont tiré des mortiers pour marquer le coup, incendiant le toit végétalisé du bâtiment. Maldonne. Les extincteurs étaient à sec, vidés juste avant pour cause de… bataille de mousse entre collègues. Il a donc fallu faire appel aux pompiers. Deux anciens agents, pourtant interdits de présence et de contact par leur contrôle judiciaire, participaient à la fiesta. Résultat pour ces deux-là : caution, pointage quotidien et nouvelle enquête administrative. Ils seront jugés le 3 septembre pour arrestation arbitraire, violences, vol, dégradations et faux procès-verbal. Pour les autres, ce sera une enquête administrative. (mediapart.fr)
À Sète, le 17 juillet, en fin de soirée, une personne se présente « en panique » à l’accueil du commissariat : à quelques dizaines de mètres de là, elle vient de voir une voiture plonger dans les eaux du canal. Les sapeurs-pompiers nautiques arrivent en quatrième vitesse et plongent. Personne à bord, mais un gyrophare… et la plaque remontée avoue : il s’agit d’un véhicule du ministère de l’Intérieur, prêté au groupe de soutien de proximité (GSP) du coin. Hypothèse la plus crédible : frein à main pas assez serré. C’est ball’eau… (lecanardenchaine.fr)
Le 30 juillet, Médiapart a diffusé une série de vidéos de roues arrière pratiquées par la brigade motorisée de la police municipale de Saint-Denis (encore !). On y voit plusieurs agents s’adonner à des roues arrière sur plusieurs dizaines de mètres en plein service, au milieu des vélos et des passant·es. Les faits, filmés, se sont déroulés le 11 juillet aux abords d’un concert du chanteur de The Weeknd, au Stade de France. Un témoin de la scène raconte : « Alors que de nombreux piétons se rendaient au concert et circulaient à proximité immédiate des motos […], j’ai vu ces cinq policiers municipaux remonter régulièrement sur leurs motos, démarrer, effectuer des roues arrière, revenir se replacer, puis recommencer quelques minutes plus tard ». La mairie a annoncé qu’une enquête administrative était lancée. (mediapart.fr)
Ils sont forts nos pandores ! Mais relativisons… en matière de festivités, ils ont tout de même encore quelques progrès à faire : après une soirée alcoolisée, deux ingénieurs de l’armée britannique ont dérobé un char de 15 tonnes et détruit plusieurs véhicules dans un rodéo urbain à Perham Down au Royaume-Uni. Ça, c’est la (vraie) classe ! (leparisien.fr)
En un peu moins festif (mais tout aussi délirant) :
Le chef d’état-major de la police nationale des Vosges a récemment montré à quatre stagiaires lycéennes de 15 ans des photos de corps sans vie issues d’enquêtes judiciaires (couvertes par le secret). Il a été suspendu à titre conservatoire et l’IGPN a ouvert une enquête pour tentative de corruption de mineurs (atteinte à la dignité humaine). (leparisien.fr)
Le 19 juillet à Aubagne (Bouches-du-Rhône), lors de la cérémonie à la mémoire des victimes des crimes racistes et antisémites de l’État français et d’hommage aux Justes de France : l’agent de surveillance de la voie publique (ASVP) qui a remis la gerbe de fleurs au président de la synagogue arborait un tatouage… nazi, visible de tous. À l’arrière de son bras, on pouvait en effet lire « Meine Ehre heißt Treue ». En français : « Mon honneur s’appelle fidélité », ce qui est la devise de la SS hitlérienne. Juste ça. Dans le public, le tatouage a été repéré, photographié, puis posté sur les réseaux. L’agent a été suspendu à titre conservatoire et doit être jugé en septembre pour « apologie publique de crime ou délit » et « port ou exhibition en public d’uniforme, d’insigne ou d’emblème rappelant ceux d’une organisation déclarée criminelle par le tribunal militaire international de Nuremberg ». (laprovence.com)
Mais que fait la police ?!
Post-scriptum de l’auteur : pour avoir dans une autre vie travaillé étroitement avec certains services de police/gendarmerie, j’ai un grand respect pour ces gens dont certains partent le matin en sachant que la probabilité qu’ils vivent une fusillade est loin d’être négligeable. Sans gloire, sans prime de risque, avec un salaire dérisoire. Il n’empêche que toutes les dérives décrites dans ces pages existent et les ignorer serait contreproductif (lire aussi : « Faut qu’on les tue ! » – les bonnes paroles des gardiens de la paix de Sainte-Soline).