Le pseudonyme ZeroBytes apparaît derrière plusieurs cyberattaques revendiquées en France. Au menu : la DGFiP, Intermarché Drive, EVA et des données liées au handball. Une sorte de buffet à volonté numérique.
« L’argent est la principale motivation »
Dans un échange avec l’excellent FrenchBreaches, le pirate décrit une activité purement opportuniste : repérer une faille, accéder aux informations disponibles, puis tenter de les revendre. Intermarché Drive, DGFiP, EVA et le handball français… « Je n’ai pas de préférence particulière, je pense que tout se vend alors je récupère ce que je peux ». Peu importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse.
« La France est un sketch ».
Lorsque FrenchBreaches lui demande sa réaction face à « la quantité d’informations auxquelles il peut parfois accéder », ZeroBytes répond le plus simplement du monde : « Ça ne me choque plus, néanmoins je suis content de l’ampleur que ça a pris, il faut que les gens se réveillent et voient à quel point la France est un sketch ». Difficile de dire mieux.
Fuite #1 : plus de 678 000 personnes exposées
La Direction générale des Finances publiques (DGFiP = les Impôts) a reconnu, le 14 août 2026, des accès illégitimes à son système d’information en juin et juillet. Des identifiants usurpés ont permis d’extraire des données concernant plus de 678 000 personnes (392 867 particuliers et 285 570 professionnels). Parmi les particuliers, 26 805 auraient un revenu fiscal de référence de 100 000 € ou plus, 386 dépasseraient 1 million d’euros et 8 dépasseraient les 10 millions.
Mais ZeroBytes conteste les chiffres, affirmant avoir accédé à un environnement contenant 6 366 056 demandes fiscales, avec des informations personnelles, des historiques de démarches et des échanges entre contribuables et services fiscaux. Les données volées seraient actuellement proposées à la vente pour plusieurs milliers d’euros.
Les informations concernées : noms et prénoms et/ou raison sociale et Siren, adresses électroniques, adresses postales, numéros de téléphone, revenu fiscal de référence, quotient familial, taux de prélèvement à la source…
Fuite #2 : plus de 2 millions de propriétaires exposés
Le pirate revendique également une compromission du Serveur professionnel de données cadastrales. Il affirme avoir extrait 252 149 lignes représentant, selon lui, 2 041 778 propriétaires. L’explication avancée est simple : une parcelle peut appartenir à plusieurs personnes. Une logique qui mériterait toutefois d’être documentée, car huit propriétaires par ligne en moyenne, ça commence à faire beaucoup.
ZeroBytes estime par ailleurs que les données de près de 20 millions de personnes auraient été potentiellement consultables. Ces chiffres n’ont pas été confirmés à ce stade, la DGFiP restant silencieuse sur ce volet.
Le pirate affirme avoir contourné l’authentification multifacteur, mais avoir interrompu l’extraction en raison de la lenteur du processus. Selon lui, il aurait fallu plusieurs mois pour récupérer la totalité des données.
Les données concernées : noms, dates de naissance, adresses, identifiants fonciers, parcelles cadastrales et informations sur les biens détenus…
Les conséquences
Ces informations pourraient alimenter des campagnes de phishing très crédibles, des usurpations d’identité, des escroqueries ou des cambriolages ciblés (cas déjà répertoriés lors d’un vol de données de la fédération française de tir suivi de vols d’armes aux domiciles des adhérents). ZeroBytes reconnaît revendre les données, tout en minimisant sa responsabilité et les conséquences pour les victimes.
La DGFiP a renforcé ses mesures de sécurité, coopère avec l’ANSSI et prévoit de contacter les personnes concernées. Pour l’instant, un seul fait est confirmé : environ 678 000 personnes sont touchées. Le reste doit encore être complété/vérifié.
Il va y avoir du sport
Dans son communiqué de presse, Bercy semble indiquer avoir constaté assez tôt l’attaque et avoir coupé les accès utilisés. En revanche, l’administration affirme ne pas avoir détecté immédiatement l’extraction de données, « en raison de la sophistication de l’attaque ». Ce communiqué semble surtout avoir été rédigé par un cabinet d’avocats : aucune date, aucun détail, rien. On attendra donc des explications un peu plus précises pour connaître l’étendue du scandale, mais une chose est sûre… il va y avoir du sport.
La forteresse fiscale était finalement en carton. Bon, maintenant, que reste-t-il qui n’ait pas encore été piraté ?
Lire aussi : « 40 millions de comptes piratés en 2025 : la France championne du monde du cyber-fiasco ».
Sources : frenchbreaches.com, frenchbreaches.com, presse.economie.gouv.fr.