Stratos : un data center qui chauffe comme 23 bombes atomiques… par jour  - Action environnementale Biodiversité Bombes nucléaires Changement climatique Climat Datacenter Écologie Électricité Énergies Environnement États-Unis Google IA Informatique Intelligence artificielle Internet Irlande Lutte environnementale Technologie Utah
| 15/05/2026

Stratos : un data center qui chauffe comme 23 bombes atomiques… par jour

Image d’illustration © stikkx | Unsplash | Unsplash

23 bombes atomiques. Par jour. Non, ce n’est ni une blague ni le pitch d’un film catastrophe. C’est l’ordre de grandeur avancé pour Stratos, un projet de data center géant en cours de développement dans l’Utah, aux États-Unis.

Le projet Stratos s’étendra sur environ 35 millions de mètres carrés, soit grosso modo la surface de Lille. Selon le physicien Robert Davies (Université de l’Utah), ce monstre va engloutir jusqu’à 9 gigawatts d’électricité, soit plus que le double de la consommation actuelle de l’État. Et comme si cela ne suffisait pas, il va aussi rejeter entre 7 et 8 gigawatts supplémentaires via sa centrale au gaz… en pure chaleur perdue, soit « l’équivalent de l’énergie dégagée par environ 23 bombes atomiques déversée chaque jour ». Délirant.

Un four à ciel ouvert dans une cuvette

Le projet a été validé lundi dernier sans aucun débat public. Étonnant. Problème : Stratos doit s’installer dans une vallée fermée, engoncée, à proximité du Great Salt Lake… un écosystème déjà en train de suffoquer. Ajouter plusieurs gigawatts de chaleur là-dedans revient à transformer la région en expérience climatique grandeur nature. Les projections évoquent des hausses locales de température allant jusqu’à +3 °C le jour et +15 °C la nuit. Traduction : des nuits qui ne refroidissent plus, une évaporation accrue, la disparition du point de rosée, un effondrement de la biodiversité, des poussières en suspension… et un territoire qui glisse doucement vers des conditions désertiques. Chauffe qui peut !

Un problème qui dépasse largement l’Utah

Stratos n’est pas une aberration isolée. C’est un symptôme de notre épique époque. Les data centers, ces usines invisibles qui font tourner Netflix, l’IA et tous nos services en ligne, sont de véritables bombes thermiques. Une étude récente montre qu’ils peuvent faire monter les températures de 2°C à 9°C sur plusieurs kilomètres alentour. En Irlande, ils consommaient déjà 21% de l’électricité du pays en 2024, au point que de nouveaux projets y sont désormais refusés.

Sans parler de l’eau : en 2024, les data centers de Google (à eux seuls) aux États-Unis ont consommé environ 23,1 milliards de litres d’eau … soit l’équivalent de la consommation annuelle de plus de 400 000 ménages français. L’eau utilisée pour le refroidissement des machines est pompée dans le milieu, et 80% environ s’évapore en fin de course, disparaissant du cycle local de l’eau. Quant aux émissions de CO₂, certaines estimations commencent à les rapprocher de celles du secteur aérien.

On fait quoi, du coup ?

Pour l’instant, pas grand-chose de convaincant. On bricole : refroidir avec de l’eau de mer, déplacer le problème ailleurs, optimiser à la marge. Les infrastructures grossissent plus vite que les solutions. Il existe bien quelques pistes (récupération de chaleur, meilleure localisation, architectures repensées) mais elles restent ultra marginales. Alors on continue. On construit des radiateurs géants et on appelle ça fièrement « le cloud ».

Il est donc temps d’agir, avant que ce cloud ne nous fasse définitivement fondre. Relayer ce type d’information est un premier pas. Soutenir les associations environnementales en est un second. D’autres actions, plus concrètes, suivront prochainement sur ce site.

Source principale : The salt lake tribune ↗

Une vidéo d’Envoyé spécial qui illustre quelques soucis liés aux centres de données (pas la chaleur)

Une autre de franceinfo ↓

Modification dans le titre 14/05/2026 20h10 : « bombes nucléaires » -> « bombes atomiques ». Cela ne change strictement rien, mais « atomique » est plus souvent utilisé en ce qui concerne les bombes historiques.

Ajout 15/05/2006 20h45 : lien vers le descriptif du projet Stratos qui annonce clairement les 9GW en pleine puissance + 7/8 GW de déperdition = 16GW. Et détail du calcul de vérification d’avant publication (demandé plusieurs fois, et c’est très bien, merci) :
    – bombe atomique = 15 kt TNT
    – 16 GW × 86 400 s = 1,3824 × 10¹⁵ J
    – 1 kilotonne TNT = 4,184 × 10¹² J
    – 15 kt = 15 × 4,184 × 10¹² J
    – 15 kt = 6,276 × 10¹³ J
    – 1,3824 × 10¹⁵ / 6,276 × 10¹³ ≈ 22 -> donc ordre de grandeur OK

Lire aussi : « Lake Tahoe : l’électricité détournée vers les data centers, 50 000 habitants bientôt dans le noir »

Cet article est publié sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.
Exemple de crédit à insérer sous la republication (prêt à copier/coller) :
Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

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