Copié coulé ? Plus personne ne relit rien, tout le monde s’en fout… Petite revue de presse sur l’IA en mode « Incroyable, mais vrai ». Tout ce qui suit est majoritairement très récent et malheureusement très loin d’être exhaustif.
Du (dé)blanchiment de fraude académique
Le professeur d’histoire Jason Gibson de l’université d’Alcorn State (Lorman, Mississippi) a craqué. Dans un devoir, il a planqué une instruction destinée aux IA, en tout petit et en caractères blancs sur fond blanc : ajouter des digressions absurdes sur Madagascar. Résultat : 32 étudiants sur 35, répartis dans deux classes, ont recopié sans la moindre vérification des réponses produites par l’IA. Les digressions étaient bien là, surréalistes : « Madagascar flotte de côté dans l’après-midi », « Madagascar, bicyclette violette, chuchote au plafond » ou encore « Madagascar portait un grille-pain à un match de basket ». Beau comme l’antique… Le devoir portait sur une comparaison entre la Révolution industrielle et l’ère numérique actuelle (rien à voir avec Mada). Gibson ne cherchait pas à humilier ses étudiants, mais à secouer tout ce beau monde. Il leur a même permis de contester leur note. Deux l’ont fait. Il fallait oser. (futurism.com)
Triche, mention très bien (pour ChatGPT)
Un autre professeur, à l’université Brown (Providence, Rhode Island), a organisé un examen à la maison. La moyenne a atteint 96/100, avec 40 copies parfaites. Curieusement, le professeur (sûrement complotiste) a soupçonné une utilisation massive de ChatGPT et a imposé un examen final en présentiel. Résultat : 18 étudiants ont carrément abandonné le cours, 9 ne se sont pas présentés à l’examen final et la moyenne des 59 étudiants restants est tombée à 49/100. Seuls deux étudiants ont obtenu une note proche de celle du contrôle à domicile. (insidehighered.com)
Einstein se retourne dans sa tombe
Coup de tonnerre à l’université de Princeton (New Jersey), où Albert Einstein s’était installé après avoir fui le nazisme en 1933. L’établissement a décidé d’abandonner une bonne partie de son mythique Honor Code, mis en place en… 1893. Cela fait suite à une enquête réalisée auprès d’étudiants fraîchement diplômés : 30 % y déclarent avoir triché, 28 % disent avoir utilisé ChatGPT alors que ce n’était pas autorisé et 45 % affirment connaître un cas de triche sans l’avoir signalé. L’université a donc réintroduit la surveillance lors de ses examens. L’honneur n’est pas sauf, il est sous surveillance. (theatlantic.com)
La démocratie en mode hallucination
Ici, le problème est démocratique. En pleine séance de l’Assemblée législative du Nouveau-Brunswick, le député canadien Bill Oliver a déclamé, au cours d’un discours, un texte un peu particulier : « Voici une version plus naturelle et fluide de cette section, qui ressemble à un discours législatif plutôt qu’à une série de points courts ». Oui, un commentaire d’IA. Imperturbable, il a poursuivi comme si de rien n’était. La scène a suscité la colère et des appels à la démission sur Reddit, certains internautes estimant que les lycéens sont soumis à des exigences supérieures à celles des élus. Au moins, ce politicard prouve deux choses : 1/ il n’avait rien à dire et 2/ il n’avait pas envie de le faire. On ne peut pas être plus clair. (futurism.com)
La boussole était en option
Politique, encore, mais version diplomatie. Lors de la conférence mondiale sur le sida organisée au Brésil, le département d’État US a présenté une carte de l’Afrique censée indiquer les zones susceptibles de bénéficier de financements sanitaires. Mais il y avait un hic : presque aucun pays n’était à sa place. Le Nigeria, pourtant côtier, se retrouvait en plein Sahara. Le Mozambique avait migré vers la Corne de l’Afrique. Une analyse de Reuters a repéré un filigrane indiquant une génération par un modèle d’OpenAI. Qu’est-ce qui est le plus inquiétant ? La carte, ou le fait que des humains laissent passer de telles débilités dans un cadre solennel d’une telle importance ? (reuters.com)
Concernant les sciences… So what ?
Lire « Quand la science s’auto-sabote à l’intelligence artificielle », c’est pas folichon.
Un sujet qui m’avait échappé : dans l’expérimental « Project Rachel », des chercheurs ont créé une identité académique fictive appelée Rachel So, dont les articles étaient générés par IA. Selon le rapport du projet, cette identité a publié plus de dix articles, reçu des citations de chercheurs humains et enfin obtenu une invitation à participer à des évaluations par les pairs. Ce n’est pas une fraude, c’est pire. C’est une expérience destinée à tester les failles de base d’un système crucial. Et ça a marché du premier coup : un plan qui se déroule sans accroc. (arxiv.org)
Concernant la littérature… Un auteur pris la main dans le prompt (ou pas)
La maison d’édition états-unienne Minotaur a renoncé à un contrat de 2,4 millions de dollars portant sur un premier roman inédit (apparemment d’une qualité exceptionnelle) intitulé « Call Me, I’ll Hide the Body », de l’auteur Jerry Falade. La raison ? Ses logiciels ont détecté des « empreintes » algorithmiques dans le texte, ce que l’auteur nie. Mais si la boîte a refusé le manuscrit, ce n’est pas du tout pour des raisons éthiques ou morales. C’est surtout une question de risque juridique : si certains passages ont effectivement été rédigés par une IA, l’éditeur pourrait ne pas être en mesure de protéger légalement l’ensemble du livre. Capitalisme littéraire VS capitalisme IA… (deadline.com)
ChatGPT plus très prompt à simuler
C’est ballot, parce qu’OpenAI aurait récemment reconfiguré ChatGPT pour qu’il refuse les requêtes visant à reproduire le style littéraire d’un auteur. Une décision qui n’a pas manqué de révulser certains utilisateurs habitués à générer des textes de cette manière. Le prompt « Réécris ce texte dans le style littéraire de [auteur] » ne fonctionne plus, c’est la fin du monde pour certains. Sur Reddit, ils s’énervent, houspillent, invectivent et cherchent déjà des alternatives : fournir un texte personnel à imiter, ou utiliser Claude et Gemini. Quelques esprits chagrins rappellent aussi qu’un écrivain pourrait… écrire ses phrases lui-même. Quelle audace. Et dire qu’en écrivant mon bouquin en 2013, j’avais honte de passer 1h par jour sur synonymo.fr. (arstechnica.com)
Concernant la populace… Une révolution très laborieuse.
Selon une enquête menée auprès de 2 500 salariés de bureau (Royaume-Uni, États-Unis, Canada, Allemagne et Espagne) en mars 2026, 2 travailleurs sur 3 regrettent leur vie professionnelle d’avant l’IA. Plus d’un tiers supprimeraient même ces outils s’ils le pouvaient, et 36 % ne comprennent pas pourquoi leur entreprise les leur impose. La promesse d’origine : gagner du temps et libérer les employés des tâches ingrates. Résultat observé : il faut systématiquement vérifier les réponses inventées par les modèles et corriger les productions médiocres qui en sortent. Au final, 42 % passent plus de temps à gérer l’IA qu’ils n’en économisent grâce à elle, et 49 % estiment que ses erreurs nuisent à la qualité du travail final. Les ShIAdoks creusent, creusent… et ne voient plus le jour. (adaptavistassets.com)
Plus d’IA, moins de joie
Une autre enquête aux States. L’enthousiasme pour l’intelligence artificielle se fissure à mesure que le public apprend à mieux la connaître. Après avoir progressé jusqu’en 2025, les opinions se retournent en 2026 : 39 % des adultes estiment désormais que l’IA fait « plus de mal que de bien », contre 31 % l’année précédente, tandis que seuls 9 % pensent l’inverse. Ouch. Dans le même temps, 70 % se déclarent assez ou très informés sur le sujet. Traduction peu réjouissante pour les patrons de la Silicon Valley : la pédagogie fonctionne, mais pas comme prévu. La méfiance s’étend aussi aux infrastructures : 41 % des États-uniens s’opposeraient à l’installation d’un centre de données à moins de cinq kilomètres de chez eux, contre 28 % en janvier. Et au sujet de l’emploi : 79 % estiment que l’IA réduira le nombre de jobs humains aux États-Unis au cours des dix prochaines années, contre 73 % en 2025. (gallup.com)
Mais qu’ils se rassurent. Il y a de bons patrons, dans ce monde. Le boss de LemonLime, par exemple, a eu une idée géniale pour aider les techos virés à retrouver du boulot. Tout en empathie : lors d’une soirée de recrutement encombrée de nombreux chômeurs 3.0, l’entreprise a proposé un « entretien immédiat » (sorte de coupe-file) aux personnes qui accepteraient de se faire tatouer le logo de son entreprise. Sept candidats ont « joué le jeu ». L’objectif était de détecter des gens « aussi fous que lui ». Devant le scandale, le boss s’est excusé, qu’on ne l’y reprendrait pas, et patati et patata… (futurism.com)
Le ruissellement bloqué au service comptabilité
Le site satirique OverpAId propose de remplacer les PDG par une intelligence artificielle, pour une fraction de leurs salaires extravagants. OverpAId inverse la logique : si l’IA est assez compétente pour remplacer les salariés ultra-qualifiés, elle devrait aussi pouvoir gérer la « stratégie » et la « vision » des grands patrons (sans réclamer de jet privé ni de stock-options). Enfin une bonne idée. (futurism.com)
Concernant les applis ? Le conte est bon…
Meta teste actuellement StoryKit, une application qui utilise l’intelligence artificielle pour inventer des histoires personnalisées qu’elle racontera aux enfants au moment du coucher. Présentée comme une aide aux parents « fatigués », l’application promet de réduire leur culpabilité et d’améliorer leur vie grâce à des histoires concoctées « avec amour ». Je n’ai plus les mots… à part peut-être Papaoutai ? (techcrunch.com)
Google Earth se fait satelliser
Jeudi dernier, Google a publié une nouvelle fonctionnalité ultra-géniale dans Google Earth : générer de fausses images satellites à partir de lieux réels grâce à l’IA. Ni une ni deux : en quelques minutes, des utilisateurs ont simulé des bombardements aériens, des feux de forêt, des catastrophes « naturelles », des zones de guerre, un afflux massif de migrants à la frontière mexicaine ou encore une centrale nucléaire en Iran. Bref, le genre de trucs qui te provoquent une panique générale en quelques minutes. Gogole a d’abord tenté de rassurer en invoquant un filigrane invisible apposé par son IA… filigrane que même son logiciel de vérification n’arrive pas toujours à détecter. Face au tollé, la firme a piteusement retiré sa fonctionnalité. Orson Welles aurait adoré, lui qui avait orchestré la célèbre simulation d’attaque extraterrestre en 1938, diffusée en direct à la radio. (futurism.com)
Une chose est sûre : L’IA déglingue les neurones (ou favorise ceux qui n’en ont pas).