Le consortium The Deportation Project révèle comment l’administration Trump expulse des migrants vers des pays tiers, souvent inconnus pour eux, au risque de les exposer à la détention, la torture et au « refoulement en chaîne », jusqu’au retour dans leur pays d’origine où ils risquent gros.
The Deportation Project est une enquête internationale coordonnée par Forbidden Stories et menée par 24 médias, dont RFI. Voir le site forbiddenstories.org.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison Blanche, les États-Unis ont développé une nouvelle méthode d’expulsion : envoyer des migrants vers des pays tiers plutôt que vers leur pays d’origine. RFI et ses partenaires ont documenté un système où des personnes protégées contre l’expulsion (parce qu’elles risquent la torture, la persécution ou la mort) sont pourtant transférées à l’étranger, menottées, sans même connaître leur destination avant le vol.
Le parcours de Nika, militante iranienne envoyée en Centrafrique, illustre ce contournement du droit. Celui de Rabbiatu Kuyateh, infirmière sierra-léonaise expulsée vers le Ghana puis renvoyée de force en Sierra Leone, révèle un « refoulement en chaîne ». Mohammed, opposant guinéen, raconte avoir été détenu au Ghana avant d’être reconduit en Guinée, où il avait déjà été torturé.
Washington affirme agir légalement et viser les « pires des pires ». Pourtant, seules 4% des personnes arrêtées par l’ICE en juillet avaient commis un crime violent, et les enquêtes journalistiques décrivent des gens bien intégrés. Les accords diplomatiques prévoient des garanties, mais les États-Unis ne vérifient guère leur application.
En pratique, les responsabilités se diluent : l’Amérique expulse, le pays tiers héberge ou renvoie, et la personne disparaît dans un « no man’s land » juridique et administratif.