Un logiciel israélien capable de suivre pendant plusieurs années des centaines de millions de téléphones a été proposé en France à des entreprises privées, alors qu’il était officiellement réservé aux services de police et de renseignement.
Baptisé Webloc, il exploite des données publicitaires collectées par les applications et les enchères en ligne : localisation, habitudes, lieux fréquentés et identifiants publicitaires. En février 2025, la technologie a été testée pour Moët Hennessy, filiale de LVMH, après plusieurs vols dans un entrepôt près de Cognac.
Webloc a repéré des téléphones présents à des heures inhabituelles, puis suivi leurs déplacements avec « une précision chirurgicale » vers La Rochelle et une commune voisine. Pratique pour retrouver des voleurs, nettement moins rassurant quand on sait que le même outil peut identifier des domiciles, des lieux de travail ou les contacts entre un journaliste et ses sources.
Le logiciel permet aussi de croiser jusqu’à sept appareils, de déclencher des alertes et de cartographier des déplacements. LVMH affirme s’être contenté d’un test, sans avoir conservé ni utilisé les données, et avoir renoncé après avoir découvert les capacités et les risques juridiques de l’outil.
Amarante, société française de renseignement privé, nie le commercialiser. Penlink, propriétaire américain de Webloc, n’a pas répondu aux questionsde Mediapart. L’affaire révèle au final que des données censées servir à vendre des publicités peuvent désormais servir à surveiller des individus.
La publicité ciblée avait déjà beaucoup de défauts. Voici qu’elle peut maintenant devenir détective privé et mouchard de barbouzes.
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