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| 10/07/2026

Big Brother s'installe, la résistance s'organise… à coups de sacs-poubelle et de marteaux

Image d’illustration © allvar | Unsplash | Unsplash

À Dayton (Ohio) et Evanston (Illinois), des élus ont trouvé une parade d’une finesse technologique rare pour neutraliser des caméras boostées à l’IA devenues incontrôlables : des sacs-poubelle. Simple, efficace.

Flock : 90 000 caméras et un petit souci de contrôle

L’entreprise en question s’appelle Flock Safety. Fondée en 2017, valorisée à 8,4 milliards de dollars en avril 2026, financée par des fonds connus pour miser sur des entreprises capables soit de « changer le monde », soit de finir devant une commission d’enquête (souvent les deux). Son business est de vendre des caméras intelligentes capables d’identifier un véhicule dans les moindres détails : plaque, modèle, couleur, autocollants, rayures… votre voiture devient une empreinte digitale sur roues. Elles savent aussi faire de la reconnaissance faciale. Mais le vrai produit, c’est le réseau : plus de 90 000 de ces espions électroniques sont connectés à travers les États-Unis. Il suffit d’entrer un nom, une plaque ou une photo dans le système, et vous obtenez en quelques secondes toutes les informations, presque minute par minute, sur votre cible, où qu’elle se trouve et sur plusieurs mois. C’est très… « fluide ».

Un système qui la fiche mal

Flock a affirmé ne pas collaborer avec l’ICE. Techniquement exact : aucun accès direct. Dans les faits, 4 800 services de police partagent librement leurs données, certains travaillant pour… l’immigration. Subtil. Des milliers de recherches ont donc été effectuées indirectement pour l’ICE, y compris via des caméras scolaires. Officiellement, personne n’a rien fait. Officieusement, tout le monde a aidé.

À Dunwoody, des employés de la firme ont utilisé des caméras municipales pour des démonstrations commerciales. Images réelles en temps réel, comprenant des lieux sensibles, y compris certains réservés aux enfants. Mais qu’on se rassure, le PDG a promis « plus de transparence ». Ouf.

Côté juridique, une mise à jour de février 2026 des clauses commerciales a fait tiquer : Flock s’accorde désormais une licence perpétuelle, illimitée et irrévocable pour exploiter les données de ses clients… même après résiliation du contrat. Pendant ce temps, le marketing continue de parler de « données qui restent chez le client ». Deux versions, une seule réalité : l’arnaque est totale.

Et puis il y a la sécurité : des chercheurs ont montré que certaines caméras étaient accessibles en ligne sans mot de passe ni chiffrement. En pratique, avec une simple adresse IP (facile à dégoter), on peut regarder en direct ou télécharger des archives de la cam. Big Brother en open bar.

Ajoutez à ça des erreurs de détection à répétition ayant envoyé des innocents en prison, ruinant parfois leur vie au passage.

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Résilier ? Bonne chance.

Devant ces légers soucis, certaines villes ont essayé de reprendre le contrôle. À Evanston ou Dayton, devant la fin de non-recevoir de la société à leur demande de résiliation, les sacs-poubelle sont de sortie pour masquer les caméras. À Costa Mesa, Oxnard, Santa Cruz, Mountain View (Californie), les autorités ont lancé des actions juridiques, mais les appareils restent en place, opérationnels. À Enfield (Connecticut), des caméras ont été installées sans autorisation. Idem à Tulsa (Oklahoma), où Flock et la police refusent même de révéler leurs emplacements ! Voire… que des particuliers découvrent un jour qu’on leur a installé une tourelle Flock dans le jardin sans aucune raison valable. Etc… Des dizaines de villes ont tenté de suspendre ou d’annuler leurs contrats. Protestations publiques, controverses, scandales. La valorisation de Flock est passée de 3,5 à 8,4 milliards de dollars. Un plan qui se déroule sans accroc !

Nous sommes déjà traçables

Les solutions basiques (payer en liquide, couper son téléphone, activer un VPN…) sont des réflexes logiques, mais un peu datés. Le problème n’est plus seulement dans notre poche. Les caméras identifient notre voiture, notre visage, nos trajets. Avant même de sortir notre carte bancaire, nous sommes déjà identifiés, enregistrés, horodatés, corrélés.

Le cœur du problème est que la technologie avance à la vitesse du capital-risque, très vite ; et la régulation avance à la vitesse des commissions, très lentement. Une caméra peut aider à retrouver une personne disparue. Une IA peut résoudre des crimes. C’est bien, mais sans garde-fous, les usages suivent surtout la trajectoire la plus rentable (en matière d’argent ou de pouvoir).

La résistance s’organise

  • Collectifs citoyens, villes, ONG (ACLU ↗, EFF ↗…) tentent d’encadrer, d’alerter, de réguler. Ils communiquent, lancent des actions, organisent des mobilisations, tentent d’instaurer des régulations. C’est sympa, utile, mais très lent. D’autres mouvements ne s’embarrassent plus trop de ces formalités.
  • DeFlock ↗ est un collectif décentralisé qui cartographie les caméras. Ils exercent aussi des pressions locales en s’invitant dans les conseils municipaux et en distribuant des notices d’information dans les rues.
  • De nombreux hacktivistes fournissent en parallèle des outils pour détecter ou éviter les caméras. Ils taguent des slogans de résistance, élaborent et distribuent des manuels pour éviter la reconnaissance : casquette + capuche, maquillage et vêtements asymétriques et/ou contrastés, ruban réfléchissant ou films plastiques sur les plaques d’immatriculation, rideaux et volets occultants aux fenêtres, drones pour asperger les caméras de peintures ou de liquides corrosifs, voire méthodes de destruction pure et simple, à l’ancienne : un marteau ou une hache par exemple fonctionnent très bien (l’option mini-scie circulaire électrique semble tout de même plus efficace, gaffe au courant quand même !).

Les vidéos se multiplient, en ce moment, tant le mouvement prend de l’ampleur.

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Modification 20h35 : ajout de la référence à la loi française RIPOST.

Cet article est publié sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.
Exemple de crédit à insérer sous la republication (prêt à copier/coller) :
Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

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