Au Royaume-Uni, plus de 62 000 personnes ont été arrêtées en cinq ans pour des infractions liées aux communications, selon un rapport de l’association Big Brother Watch ↗.
Parmi elles, 18 510 ont été poursuivies et 12 292 condamnées. L’organisation dénonce des lois aux contours si flous qu’elles favoriseraient une police « orwellienne » de la parole, avec un effet dissuasif sur les opinions exprimées en ligne.
Un certain nombre d’interventions concernent bel et bien des faits graves, notamment des menaces à la sécurité des personnes. Comme le cas « Lucy Connolly », condamnée à 31 mois de prison pour avoir appelé à incendier des hôtels hébergeant des demandeurs d’asile.
Quand parler devient un délit.
Mais d’autres exemples laissent sans voix : une adolescente a été sommée de remettre ses appareils pour enquête après avoir simplement consulté une vidéo TikTok jugée désobligeante envers un professeur, sans l’avoir ni créée, ni partagée, ni commentée, juste consultée. Un couple a également été arrêté pendant 11 heures après avoir critiqué l’école de sa fille sur un groupe WhatsApp. Juste critiqué. Deux manifestants ont aussi été mis en cause… parce qu’ils tenaient à la main une feuille blanche. Les policiers les ont accusés de vouloir y inscrire des choses illégales.
L’application des règles varie fortement selon les endroits : la police du comté de Cumbria a procédé à 25,7 arrestations pour 10 000 habitants, contre 1,9 dans la région voisine de Northumbria. Les textes sur les communications « malveillantes », dans le cadre de l’Online Safety Act, ont aussi entraîné la mise en cause de forums consacrés à l’histoire britannique, aux partis politiques, aux pères célibataires, aux films d’horreur, à la chimiothérapie ou même… aux écorchures.
Les défenseurs de la liberté d’expression dénoncent des priorités absurdes : « Pourquoi surveiller nos tweets quand on pourrait surveiller nos rues ? » Big Brother Watch réclame une révision indépendante des lois et de la formation policière.
Les mots ont un sens prix.