« 7 techniques de propagande » est un mode d’emploi vieux de 90 ans… plus que jamais d’actualité.
En 1937, à New York, un petit groupe se lance dans un projet un peu bizarre : apprendre aux citoyens à ne pas se faire manipuler. Nom de code : Institute for Propaganda Analysis (IPA ↗). Devise : « Apprendre aux gens comment penser, plutôt que ce qu’ils doivent penser. » Vaste programme…
Pour ces sociologues, historiens, éducateurs et journalistes, la masse de désinformation qui inonde le quotidien érode la capacité du public à réfléchir par lui-même. Car la propagande, martèlent-ils, n’est pas l’apanage des régimes totalitaires. Elle est partout, tout le temps, dans la pub, les médias, les discours politiques. Et elle fonctionne pour une seule raison : on ne sait pas la reconnaître.
L’IPA est mort, vive l’IPA.
Ils décortiquent alors ces mécanismes et en tirent une grille de sept points, publiée en pleine montée des totalitarismes. En 1942, l’IPA s’auto-dissout à cause de la guerre, du moins officiellement. Officieusement, l’Amérique a besoin de sa propre propagande pour mobiliser. Ironie suprême : l’institut anti-propagande meurt… de la propagande patriotique. Mais avant de disparaître, il laisse derrière lui un précieux texte, que votre serviteur synthétise ci-dessous.
Les 7 techniques de propagande : décodage et antidotes.
Ridiculiser au lieu d’argumenter. Exemple : traiter une idée ou un adversaire de « complotiste », « extrémiste », « woke » ou « antisémite » pour éviter de discuter du fond. Le but est de provoquer une réaction émotionnelle immédiate (rejet, peur, mépris), court-circuiter la réflexion pour empêcher le débat. Et à force de répétition, l’étiquette devient réflexe. Pour s’en protéger, il faut prendre du recul face aux mots. Que signifient-ils vraiment ? Sont-ils justifiés ? Et surtout, que vaut l’idée si on enlève l’étiquette ? Il faut séparer l’émotion du jugement.
Faire péter les bons mots. « Liberté », « sécurité », « progrès », « valeurs ». Ça claque, ça brille… mais ça reste vague. Ces termes sont des coquilles vides que chacun remplit avec ses propres fantasmes. Ils sont impossibles à contredire… puisqu’ils ne disent rien de précis. Qui serait contre la « liberté » ? Personne. Même s’il faut enfermer la moitié de la population pour y parvenir, toi y compris ? Hmmm… Le piège est simple : on adhère à une idée, à une émotion, pas à un raisonnement. La solution consiste à se demander (encore) ce que ces mots signifient réellement, et ce qu’il reste du message une fois les slogans creux retirés.
Coller le message à un symbole respecté, voire vénéré : drapeau, science, nation, religion. Dès lors, critiquer devient presque sacrilège. Plutôt que de convaincre par des arguments, on emprunte l’image d’une valeur forte, et l’émotion positive liée à ce symbole se transfère automatiquement au message. En politique, par exemple, on agite des drapeaux ou on invoque « la République ». Le réflexe à adopter : séparer le symbole du message et se demander si l’idée tient encore debout sans cette association.
Une célébrité, un médecin de plateau télé ou un pseudo-expert vante un produit ou une idée. Peu importe sa compétence réelle : s’il est connu, ça passe. On confond notoriété et expertise, apparence et fond. Le personnage prête son image, son statut, parfois sa belle gueule ou sa voix apaisante. Mais on oublie de vérifier s’il a des intérêts personnels, des lacunes sur le sujet, ou tout simplement… tort. Pour éviter ce piège, il faut se demander qui parle, pourquoi on devrait lui faire confiance, et surtout si l’idée résiste à l’effacement de ce soutien.
Le milliardaire qui mange un jambon-beurre devant des dizaines de caméras 8K pour paraître normal. Ou le ministre qui assène : « moi aussi, je galère pour acheter des pâtes à mes enfants ». En adoptant les codes du quotidien, le propagandiste fabrique une fausse proximité. Il efface les distances sociales, économiques et idéologiques. Le risque est de juger une idée sur la sympathie que l’on éprouve pour le personnage, plutôt que sur sa valeur intrinsèque. Remède : se concentrer sur les faits, pas sur l’image.
Montrer les faits qui arrangent, cacher le reste. Pas besoin de mentir, il suffit de sélectionner. Cela peut rester une vérité, mais pas toute la vérité. Les faits peuvent être vrais, mais incomplets, ce qui donne une impression trompeuse de solidité. Pour éviter ce piège, il faut chercher ce qui n’est pas dit et regarder l’ensemble des données. Aussi : prendre en compte toutes les critiques, en les évaluant. Chaud devant.
« Tout le monde le pense », « tout le monde le sait ». Cette technique exploite le besoin d’appartenance à une groupe (être aimé) ou la peur d’en être exclu (passer pour un attardé). Si la foule court dans une direction, il doit être normal, donc juste, de courir dans la même direction (scientifiquement prouvé, article à venir). Pour surmonter cette difficulté, il faut juger l’idée sur des faits, pas sur le nombre de personnes qui y croient. Juger par soi-même, plutôt que de suivre la foule par réflexe.
Et voilà. 1937… c’est loin. Et aujourd’hui ?
On pourrait croire que tout cela sent la poussière d’un vieux papier jauni. Grave pas ! Des études récentes le montrent. Sur les réseaux sociaux, ces techniques prennent de nouvelles formes : faux consensus via des bots, messages émotionnels simplifiés, informations partielles. Sous des noms modernes comme « framing » ou « rhetorical strategies », ce sont les mêmes mécanismes qui jouent. Avec l’intelligence artificielle et les formats viraux, la propagande devient plus rapide, plus crédible et surtout plus émotionnelle. Il va donc falloir redoubler d’efforts pour se préserver, en tant qu’individu et en tant que peuple.
Penser ou être pensé ?
Les écrans ont remplacé le papier. Les notifications ont remplacé les haut-parleurs. Mais les mécanismes n’ont jamais varié. Alors la vraie question n’est pas « qui dit vrai ? » C’est : est-ce que je réfléchis… ou est-ce qu’on est en train de réfléchir à ma place ?
Au fond, le réflexe le plus simple reste le meilleur : revenir aux faits, aux choses concrètes. C’est souvent plus facile pour les simplets comme moi. Si tu veux me vendre une lessive, alors avance de vrais arguments vérifiables sur son efficacité, plutôt que de montrer des gamins qui rebondissent sur un tas de vêtements scintillants. Si j’essaie, je sais très bien que je vais me péter un truc. Très simplet ! Et si tu veux me vendre un programme politique, dis-moi précisément ce que tu vas faire. Les promesses du type « demain sera meilleur », j’ai déjà donné. Le peuple mérite mieux que des résolutions improvisées dans les vapeurs d’un Nouvel An trop arrosé.
« Lutter contre le totalitarisme, niveau 1 » : il y aura plusieurs niveaux, je ne sais pas encore combien, mais au moins 2. Le deuxième est en cours. En attendant le niveau « boss final » 🤞
Merci à Christophe, spécialiste en chef, qui m’a envoyé le document original, que je ne peux publier ici, because of copyright. Un document approchant/synthétique est disponible sur un site perso furetable via les moteurs de recherche. Non lié dans cette page pour ne pas lui poser de problème.