En loucedé. Après l’échec de la loi Yadan, le gouvernement cherche à imposer la définition controversée de l’Alliance internationale pour la mémoire de l’Holocauste (IHRA) par des voies plus discrètes.
Le projet de loi annoncé par Aurore Bergé, présenté comme un texte de « cohésion républicaine », ne reprend pas les mesures les plus litigieuses. Mais un document de travail du plan national 2026-2029 contre le racisme, l’antisémitisme et les discriminations, baptisé Prado, prévoyait de rappeler aux parquets la définition de l’IHRA et ses exemples, voire d’imposer leur prise en compte dans la qualification des faits.
Le ministère de la Justice s’y est opposé, estimant qu’une circulaire risquerait d’orienter le travail des magistrats et de porter atteinte à leur indépendance. Le désaccord ne concerne pas la définition générale de l’antisémitisme, qui décrit la haine visant les Juifs, leurs biens ou leurs institutions, mais certains exemples associés. Ceux-ci assimilent notamment à l’antisémitisme le fait de traiter Israël différemment d’autres États démocratiques ou d’affirmer que « l’existence de l’État d’Israël est le fruit d’une entreprise raciste ».
Des chercheurs, des organisations de défense des libertés, des rapporteurs de l’ONU et même Kenneth Stern, principal rédacteur de cette définition, redoutent qu’elle serve à disqualifier la critique de la politique israélienne, de l’occupation ou de la guerre menée à Gaza.
Si la circulaire n’a pas réussi son entrée par la grande porte, la définition de l’IHRA revient tout de même par la fenêtre. Depuis 2020, sa définition figure dans un vadémécum de l’Éducation nationale, mis à jour en février 2026. Et le nouveau plan Prado 2026-2029 prévoit désormais d’en généraliser l’usage dans toutes les administrations, sans forcément mentionner explicitement le sigle IHRA. Le guide affirme pourtant que critiquer Israël ne revient pas automatiquement à haïr les Juifs, tout en reproduisant les exemples contestés : une prudence soigneusement emballée dans une boîte à outils administrative.
Le document traite aussi du génocide à Gaza en invitant les enseignants à s’en tenir aux qualifications officielles (crimes de guerre et crimes contre l’humanité), sans donner de bilan humain, et relativise en passant la notion d’islamophobie. Le gouvernement assure que ce vadémécum ne crée aucune norme juridique. Mais en le diffusant dans les formations de la police, de la justice, de la santé ou des collectivités, il contribue à installer une définition qui, faute d’avoir convaincu par la loi, pourrait s’imposer par l’habitude de l’usage.