On pourrait penser, comme les médias le répètent en boucle, que débroussailler les forêts réduit la fréquence et la puissance des incendies. Moins de végétation, moins de combustible, donc moins de feu. Merci, bonsoir, problème réglé. Sauf que… pas tout à fait.
Le débroussaillage peut être utile, voire indispensable, notamment près des routes ou des habitations. Mais ses effets deviennent beaucoup plus pervers lorsqu’il est pratiqué à grande échelle en pleine forêt.
Avant tout, force aux victimes, aux déplacés, aux pompiers, aux personnels de lutte et de gestion, ainsi qu’aux bénévoles ! 🙏💗
En France, environ 90 % des départs de feu sont d’origine humaine :
35% sont sont donc « involontairement provoqués »… comme cet incendie de Gironde qui ravage tout sur son passage et qui aurait été déclenché par un engin… de débroussaillage ↗. #NotGorafi
Nous comptons en moyenne, sur la période 2006-2021, 11 600 départs de feu par an, avec un pic de 22 700 départs en 2022. Parmi tous ces feux, quelques dizaines concentrent l’essentiel des dégâts. (georisques.gouv.fr, georisques.gouv.fr)
Réduire les combustibles
Un incendie a besoin de combustible, constitué, au choix, d’herbes, de fougères, de branches ou de feuilles mortes, de buissons, d’arbustes et… d’arbres, forcément. Le débroussaillage vise à réduire ce stock de combustible en supprimant la strate basse, d’une part, et en réduisant la « continuité végétale », d’autre part. C’est a priori important, car un feu se propage plus facilement lorsqu’il peut passer sans obstacle d’un végétal au suivant. À proximité d’une route, par exemple, où des mégots encore allumés tombent régulièrement, cela est aisément compréhensible : oui, le débroussaillage limite les dégâts. Pour éviter les départs de feu, le débroussaillage au bord des routes est donc totalement bénéfique. C’est d’ailleurs une obligation légale ↗, ça tombe bien.
Voir plus loin que le départ du feu
Parler des départs de feu, c’est bien. Mais, en réalité, nous ne parlons plus de ça. Je me permets de répéter : 11 600 départs de feu par an, avec un pic de 22 700 en 2022. Qu’a-t-il bien pu se passer en 2022 pour que les départs de feu et les incendies monstres soient si nombreux ? Les gens ont-ils comploté pour mettre le feu cette année-là ? Non. C’est la chaleur et la sécheresse, tout simplement. Les phénomènes déclencheurs (mégots, étincelles) sont toujours aussi nombreux, quelle que soit l’année (*). Mais la sécheresse les transforme en feux en quelques secondes. Sur des choses humides, le mégot se pose, puis s’éteint. En pleine sécheresse, c’est une flamme quasi-instantanée. Et c’est ensuite le feu lui-même qu’il faut combattre. 2022, 2026 : même combat.
Et nous en sommes là : comment freiner, réduire ou arrêter un feu de forêt alors que les températures et l’intensité des sécheresses augmentent ? C’est la seule question qui vaille.
Le débroussaillage est-il une solution ?
Avez-vous déjà vu un feu de forêt en période de sécheresse, en vrai ou à la télévision ? Si oui, en voyant le monstre, vous êtes-vous dit que c’était la faute des broussailles ou des branches mortes qui gisaient au sol ? Non. Définitivement non. En témoigne l’incendie actuellement en cours en Gironde, pour lequel la préfète parle de « sautes de feu de 1 km ». Un incendie de forêt se moque bien des broussailles. Nous parlons ici de mégafeux qui se développent dans des conditions de grande sécheresse, ceux qui font l’essentiel des dégâts.
Débroussailler, au risque d’amplifier les sécheresses ?
Une méta-analyse publiée en 2024 a étudié 2 059 observations issues de 71 publications portant sur la suppression de la végétation des sous-bois dans différents types de forêts à travers le monde. Les auteurs ont observé, en moyenne, des baisses de 19% des stocks de carbone du sol, de 15% des stocks d’azote, de 20% de la biomasse microbienne carbonée et de 32% de la biomasse racinaire fine. (sciencedirect.com)
Traduction : débroussailler une forêt entraîne une baisse importante de la matière organique, de la biodiversité et de la fertilité des sols, ainsi qu’une augmentation des émissions de CO₂. Car lorsque le stock de carbone du sol diminue, une partie se retrouve dans l’atmosphère sous forme de CO₂. Augmenter la quantité de CO₂ dans l’atmosphère, une bonne idée ? Pas sûr. Mais surtout, petit détail : réduire la matière organique des sols d’un seul point de pourcentage fait baisser leur capacité de stockage d’eau d’environ 100m³ par hectare sur les 30 premiers centimètres (**). Et donc… cela augmente et intensifie les sécheresses, précisément ce contre quoi nous devons lutter aujourd’hui. Le débroussaillage total, il vaudrait donc mieux l’éviter.
Et sinon, j’y pense, une idée pour le prochain sujet de franceinfo (par exemple) : si on rasait toutes les forêts, il n’y aurait plus d’incendies ? #Gorafi
Ajout 03/08/2026 : Lire « Sécheresses, chaleur, CO₂, biodiversité : tout passe par le sol (vivant) ».
Un fantasme médiatique
Et là, vous allez (encore) me détester : aucun forestier ne débroussaille totalement sa forêt ! C’est juste une énième lubie médiatique foncièrement hors-sol. Enfin… disons que cela concerne moins de 0,1% des forestiers (au doigt mouillé). Un agent de l’ONF m’a un jour parlé d’un sylviculteur qui labourait sa forêt tous les ans. Délirant ! Le gars a vite arrêté quand il a compris qu’il était en train de couler financièrement. On ne peut pourtant pas lui en vouloir, c’est le ministre de l’époque qui le lui avait conseillé, avec cette formule (de mémoire) : « On cultive la forêt comme on cultive du maïs ». Dont acte.
Comment lutter contre les incendies ?
Vite fait, voici quelques pistes (la plupart étant très basiques) :
Cette eau sera ensuite disponible en été, restituée à la végétation et à l’atmosphère, ce qui réduit les risques de sécheresse. Nous aborderons prochainement ce sujet sous le sobriquet de « sol vivant », une pratique naturelle inventée il y a… 300 millions d’années, et de plus en plus répandue en agriculture (au grand dam de la FNSEA). Cette technique permet de stocker du carbone, de favoriser la biodiversité, d’améliorer la fertilité des sols et d’augmenter leur capacité de stockage de l’eau. Tout bénéf’. Et cela fonctionne pour tous types d’activités (grandes cultures, maraîchage, arbo…) et toutes surfaces.
Lire aussi : « Cultiver la pluie : le mode d’emploi qui marche (garanti 0% chamanisme) » et « Cultiver la pluie : le film »
* : Bon, d’accord, peut-être un peu plus si l’on prend en compte les matériels ou les véhicules qui prennent feu sous l’effet de la chaleur.
** : Entre 25 et 250 m³ par hectare et par pourcentage de matière organique selon les sols et les climats ↗↗. Un sol cultivé de façon « conventionnelle » en grandes cultures est en moyenne entre 0.8 et 1.2% de MO. Un « sol vivant » agricole installé est au dessus de 4% de MO.
Tranquille… #NotGorafi #NotIA