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| 18/06/2026

Oui, les abeilles savent compter !

Image d’illustration © Eric Tourneret | Capture YT

Les abeilles savent compter, ou du moins traiter des quantités d’une façon qui s’en rapproche fortement. C’est le résultat d’années d’expériences, de débats scientifiques et d’une étude récente qui tranche enfin.

Depuis plusieurs années, des chercheurs entraînent des abeilles avec des images contenant un certain nombre d’éléments (2, 3 ou 4 formes, par exemple). L’abeille doit choisir la bonne image pour recevoir une récompense sucrée ; en cas d’erreur, elle reçoit une solution amère ou rien du tout. Et ça marche très bien. Ces tests ont démontré que nos hyménoptères préférés distinguent les quantités, comprennent les comparaisons « plus » ou « moins », et peuvent appliquer des règles abstraites (≈ calculs) : selon la couleur (bleu = ajouter 1, jaune = soustraire 1), elles déduisent le chiffre attendu et sélectionnent l’image correspondante. Et… elles comprennent aussi le zéro. Dans certaines expériences, les abeilles ont appris à classer des images selon le nombre d’éléments qu’elles contenaient, et lorsqu’on leur a présenté image qui ne contenait… rien, elles ont su gérer. Elles ont naturellement traité cette absence d’élément comme une quantité à part entière, inférieure à 1. Leurs performances sont impressionnantes, malgré un pauvre cerveau d’environ un million de neurones, ce qui fait moins d’un gramme de matière grise (VS 85 milliards et 1,4 kg chez l’humain).

Mais c’était sans compter sur les rabat-joies

Ces conclusions ont suscité des critiques : les abeilles utilisent-elles réellement les nombres, ou s’appuient-elles sur des indices visuels (surface totale, densité, contours, espacement, fréquence spatiale) ? Autrement dit, réussissent-elles les tests sans « compter », en se fiant à une impression globale – comme on devine une histoire à partir de la couverture d’un livre ? Cette critique est cruciale, et très sérieuse. En cognition animale, il faut toujours s’assurer que l’animal ne résout pas une tâche par un raccourci. Un pigeon, un poisson, une abeille, ou un élève de primaire peuvent très bien donner de bonnes réponses pour de mauvaises raisons.

Et si elles bluffaient mieux que nous ?

Une étude récente a donc repris ces expériences en les analysant à travers le système visuel des abeilles, qui perçoivent différemment les contrastes, les couleurs et les détails. Une abeille ne voit pas le monde comme nous. Résultat : les indices visuels auparavant suspectés (fréquence spatiale, densité, complexité) ne suffisent plus à expliquer leurs performances, car elles les voient mal, voire pas du tout. C’est un peu comme accuser quelqu’un d’avoir triché à un examen en lisant une antisèche écrite en police taille 2 depuis l’autre bout de la salle. Conclusion : les abeilles extraient bien une information numérique des images, même s’il ne s’agit pas de mathématiques symboliques. Elles ne récitent pas leurs tables de multiplication entre deux fleurs de lavande, certes, mais elles savent manipuler des quantités et s’en servent pour décider.

Le génie tient dans une tête d’épingle (ça pique un peu, non ?)

Cette découverte dépasse la simple anecdote. Elle nous invite à repenser l’intelligence : le sens du nombre existe chez de nombreux animaux (les oiseaux sont des génies), sous des formes concrètes, pratiques, essentielles à la survie (choisir plus de nourriture, évaluer un danger). Avec un cerveau minuscule, les abeilles accomplissent des tâches d’abstraction remarquables. L’intelligence n’est pas un concept uniforme, identique de l’insecte à l’humain : elle est multiple, façonnée par les contraintes et les besoins de chaque espèce. Et cela incite finalement, un peu, à une certaine modestie. Non ? Ou pas.

Sources (ordre chronologique) : cnrs.fr, pmc.ncbi.nlm.nih.gov, pmc.ncbi.nlm.nih.gov, pmc.ncbi.nlm.nih.gov, deepdyve.com, monash.edu.

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Article original publié sur Les mots ont un sens.
Auteur : Napakatbra / LMOUS.
Article sous licence Creative Commons CC BY‑ND 4.0.

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