Deux ans. C’est tout ce qu’il a fallu pour transformer 133 hectares de blé intensif du West Sussex en un paradis à papillons.
À Halnaker Hill, 5 290 papillons ont été recensés sur d’anciens champs « stériles », dont des argus frêles (small blues) et des silènes (espèces rares jamais observées ici). L’écologiste Neil Hulme parle de « nuages de papillons » : « La vitesse m’a stupéfié, d’un paysage stérile à un foisonnement de papillons. »
Le secret ? Un projet de « restauration naturelle commerciale », un oxymore assumé : la ferme vend des crédits de « gain net de biodiversité » (BNG) aux promoteurs immobiliers, légalement obligés de compenser la nature détruite par leurs constructions.
Le changement n’a pas consisté à demander gentiment au blé de laisser la place. Des mélanges de fleurs sauvages et de plantes fourragères ont été semés, 7 kilomètres de haies plantés, 7 hectares de bois créés, trois mares creusées et des prairies crayeuses gérées par pâturage contrôlé.
Et ça marche : 85 argus frêles, 7 silènes, 547 procris, des alouettes, des fauvettes, ainsi que des oiseaux, des libellules et des papillons de nuit rares. Certains doutent : vendre la nature, n’est-ce pas du greenwashing ? Hulme tranche : « This isn’t greenwashing ; this is the real deal. »
Le parc national des South Downs, via son programme « ReNature », étend l’expérience à 7 700 hectares. Prochaine étape : réintroduire le rare Duc de Bourgogne. Si on peut faire ça en deux ans, dit Hulme, « le ciel est la limite ».